Infrastructure vitale reliant le quartier Boulbinet à Tambassa (secteur Outnéria), ce pont est aujourd’hui dans un état de décrépitude avancée. Entre vols de ferraille et manque d’entretien, cet ouvrage de franchissement est devenu un véritable piège mortel pour les milliers d’usagers qui l’empruntent quotidiennement.
Depuis plusieurs années, ce passage essentiel à la mobilité des citoyens de la commune urbaine de Mamou semble être tombé dans l’oubli des autorités locales. La situation est aggravée par un phénomène d’insécurité croissant : des bandes organisées volent, de jour comme de nuit, les barres de fer de renforcement, laissant la structure criblée de trous béants.
Famory Traoré, président du conseil de quartier de Boulbinet, tire la sonnette d’alarme : « Nous assistons impuissants à la dégradation inexorable de ce pont. Malgré nos innombrables cris de cœur, rien n’est fait. Nous sommes tous exposés à un effondrement imminent sous le poids des usagers qui n’ont d’autre choix que de l’emprunter pour vaquer à leurs occupations », témoigne-t-il avec amertume.
Ce délaissement des infrastructures à Mamou ne se traduit pas seulement par des fissures dans le béton ; il se mesure en vies humaines. Les accidents sont devenus monnaie courante : chutes de motos, glissades sur des plaques instables et collisions violentes transforment chaque traversée en une véritable « roulette russe ».
Le récit le plus poignant reste celui d’une femme enceinte ayant perdu son enfant suite à une chute sur l’ouvrage. « Deux motos se sont croisées sur le pont et aucun conducteur ne voulait céder le passage. Malheureusement, la dame est tombée dans une fissure béante et a perdu son bébé », relate Famory Traoré, encore sous le choc. Ce drame, bien que marquant, n’est pas isolé. Chaque semaine, des blessés graves sont enregistrés, et la peur de voir le pont s’écrouler avec des dizaines de personnes hante l’esprit des riverains.
Pour la communauté de Boulbinet et de Tambassa, la réhabilitation de ce pont n’est plus une simple demande de confort, mais une question de survie. Son effondrement provoquerait l’isolement total de ces quartiers périphériques de Mamou.
Face à cette menace, Famory Traoré adresse un appel solennel aux plus hautes autorités du pays : « Nous lançons un appel pressant au Président de la République, au ministre des Travaux publics et aux autorités régionales de Mamou pour une intervention d’urgence. Il faut réhabiliter ou reconstruire entièrement ce pont vital avant qu’une catastrophe plus grande ne survienne. »
À l’heure où l’urbanisation de Mamou s’accélère, le cas du pont d’Outnéria rappelle l’urgence d’une meilleure gestion des infrastructures secondaires en Guinée. Pour les populations vulnérables, le rétablissement de cet ouvrage serait un signal fort d’une administration à l’écoute de ses citoyens.

Depuis Mamou, Ibrahima Molota Soumah pour Avenirguinee.org



