La Guinée fait face, ces dernières semaines, à une recrudescence inquiétante de la criminalité de sang. Des assassinats de cambistes au meurtre de l’entrepreneur Oumar Sidibé, en passant par le drame récent à Tombolia, l’insécurité s’installe dans le quotidien des populations.
Interrogé par notre rédaction ce mardi 14 avril 2026, Moussa Sangaré, président de la Coalition Nationale des Organisations de la Société Civile Guinéenne (CONASOC), livre son analyse et propose des pistes de solutions.
L’heure est à l’inquiétude. Pour de nombreux citoyens, la violence des crimes récents tranche avec les habitudes du pays. Pour Moussa Sangaré, ce fléau s’explique par plusieurs facteurs, à commencer par la précarité économique : « La pauvreté endémique est souvent à la base de la criminalité. Lorsque les gens n’ont plus d’alternatives, ils s’adonnent à des actes répréhensibles. Mais cela ne justifie en rien de tuer pour acquérir des biens. »
Le président de la CONASOC rappelle que la sécurité des citoyens est avant tout une mission de l’État. Il préconise un renforcement de la présence policière et une reprise des méthodes de surveillance ayant fait leurs preuves : « La sûreté incombe à l’État, c’est l’un de ses rôles régaliens. Il faut déployer davantage les services de sécurité et organiser, comme par le passé, des rafles et des patrouilles dans les zones criminogènes pour dissuader les malfaiteurs. »
Sangaré s’interroge également sur l’origine des auteurs de ces crimes : « Le Guinéen peut être agressif, mais aller jusqu’à tuer est une chose rare chez nous. Est-ce qu’il n’y a pas des étrangers infiltrés venant de la sous-région qui commettent ces actes odieux ? »
Un des points majeurs soulevés lors de cet entretien concerne l’efficacité de la réponse pénale. Pour la CONASOC, l’impunité est le moteur de la récidive : « Lorsqu’on prend un criminel et qu’il est condamné à dix ans, il ne faut pas qu’on le revoie dehors après deux mois à cause de complicités. Cela décourage les dénonciations car les citoyens craignent des représailles. La justice doit veiller à ce que les sanctions soient exécutées à la lettre. »
Il suggère également la réactivation pleine et entière des brigades spécialisées comme les BAC (Brigades Anti-Criminalité) et la BRB (Brigade de Répression du Banditisme) pour saturer le terrain.
Enfin, Moussa Sangaré n’élude pas la responsabilité des populations. Selon lui, la lutte contre l’insécurité commence à l’échelle du quartier et de la famille : « Les criminels vivent parmi nous, dans nos maisons. Les citoyens doivent signaler toute personne suspecte ou inconnue dans le quartier. Dans l’ancien régime, on signalait systématiquement tout étranger. Aujourd’hui, avec la mondialisation, on reçoit tout le monde sans vérification. »
Il conclut en appelant à la vigilance collective : « Si vous voyez une personne aux allures louches, donnez l’alerte. Dès que ces individus se sentent repérés, ils quittent la zone. Les « receveurs » et complices qui logent ces criminels doivent également être punis avec la même sévérité. »
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
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