Face à la restructuration majeure du sommet de l’État guinéen, marquée par la fusion du MENA et du METFP, le pays se trouve à un tournant décisif. Dans cette tribune, Mamoudou Nagnale Diakité dresse le portrait-robot du futur « Super-Ministre ». Entre vision stratégique et refonte des curricula, découvrez pourquoi le prochain dirigeant devra être un architecte de la modernité capable de réconcilier l’école avec les besoins réels du marché de l’emploi.
Ci-dessous, tribune…
À la suite de la démission du gouvernement Bah Oury 1, le vent de la restructuration souffle sur le sommet de l’État. La fusion du ministère de l’Éducation Nationale et de l’Alphabétisation (MENA) avec celui de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle (METFP) n’est pas qu’un simple jeu de chaises musicales. C’est un signal fort : la fin d’un système cloisonné.
Doter la Guinée d’un système éducatif cohérent, du primaire à l’insertion professionnelle, qui forme des citoyens critiques, des professionnels compétents et des acteurs économiques capables de répondre aux besoins du marché national et régional — par une refonte des curricula, la création de lycées professionnels et la modernisation de la formation des enseignants.
Pour piloter ce paquebot, la Guinée n’a plus besoin d’un simple gestionnaire de calendriers d’examens, mais d’un stratège-réformateur. À mon humble avis, voici le portrait-robot de celui ou celle qui devra dessiner le citoyen guinéen de demain.
- Un Visionnaire, pas un « Préfet des Examens »
Ces dernières années, l’action ministérielle a trop souvent été réduite à la sécurisation des examens nationaux. Si la lutte contre la fraude est nécessaire, elle ne constitue pas une politique éducative.
Le futur ministre doit posséder une vision holistique. Il doit comprendre que l’école ne sert pas uniquement à obtenir un diplôme, mais à forger une main-d’œuvre qualifiée et une conscience citoyenne. Son profil doit allier :
Une expertise pédagogique avérée : Comprendre comment on apprend au XXIe siècle ;
Une culture de l’anticipation : Savoir de quels métiers la Guinée aura besoin dans 10 ans (Mines, Agriculture, Nouvelles Technologies).
- L’Architecte des Curricula : « Apprendre à Faire »
Le constat est sans appel : nos programmes sont souvent déconnectés des réalités économiques, sociopolitiques et culturelles. Le futur ministre devra s’attaquer au chantier titanesque de la refonte des curricula.
Dépoussiérer les contenus : Introduire le codage, l’entrepreneuriat et l’éducation civique dès le plus jeune âge ;
La révolution des Lycées Professionnels : C’est le cœur de la fusion. Le futur ministre doit briser le tabou qui veut que l’enseignement technique soit une voie de garage. Il doit instaurer des Lycées de Métiers d’excellence, où un bachelier sort avec une compétence technique réelle, prêt à l’emploi ou à l’auto-emploi ;
Une vision prospectiviste de l’éducation : l’école ne sert pas seulement à former les jeunes pour des métiers actuels, c’est aussi le lieu où les imaginations doivent être sans limite.L’avenir n’est pas une promesse passive, mais un chantier qui se bâtit des années d’avance, l’école doit s’y prêter.
- Un Manager de la Fusion
Fusionner deux ministères aussi massifs est un défi administratif et humain. Le profil idéal doit être un excellent négociateur et un gestionnaire de ressources humaines hors pair pour parvenir à :
Harmoniser les corps d’inspection ;
Répartir les budgets de manière efficiente entre l’éducation de base et la formation technique ;
Motiver un corps enseignant souvent désabusé par des conditions de travail précaires.
Un Secrétariat d’État pour l’Enseignement Technique
- Le « Mouleur » de Citoyens
L’école détermine le comportement du futur ministre, du cadre et du citoyen. Le futur titulaire du poste doit être un modèle d’intégrité.
S’il échoue à instaurer la méritocratie et l’éthique au sein de l’école, il produira des cadres qui reproduiront la corruption et l’inefficacité au sommet de l’État. La réforme doit donc être aussi morale que technique. « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde, mais seulement si le porteur de l’arme sait où il vise. » Nelson Mandela
Le choix du Président de la République pour ce portefeuille sera le test ultime de la volonté de transformation réelle du système guinéen. La Guinée ne peut plus se permettre de former des chômeurs diplômés, mais doit désormais bâtir des bâtisseurs.
La fusion récente des portefeuilles ministériels offre une opportunité structurelle rare : aligner l’éducation de base sur la formation technique et l’insertion professionnelle. Le pays n’a pas besoin d’un « manager des examens » mais d’un ministre réformateur, doté à la fois d’une expertise pédagogique, d’un sens aigu du management public et de la capacité politique de rassembler parties prenantes et partenaires. Sa réussite se mesurera non pas seulement en diplômes délivrés, mais en citoyenneté formée, en compétences utiles à l’économie et en trajectoires d’emploi durable pour la jeunesse guinéenne.
Mamoudou Nagnale Diakité,
Juriste, citoyen concerné par l’éducation
628726640/662526094



