La santé publique offre un tableau tout aussi révélateur. Les discours officiels vantent la modernisation des hôpitaux et l’amélioration de l’accès aux soins. Mais dès qu’il s’agit de leur propre santé, de nombreux responsables se tournent vers l’étranger, parfois pour des soins de routine. Ce comportement discrédite l’action publique et envoie un message brutal à la population : le système de santé local n’est pas fiable, même pour ceux qui le dirigent.
Ce manque de confiance s’étend également aux services administratifs, à la justice et à la sécurité. Combien de responsables politiques acceptent réellement de se soumettre aux mêmes procédures administratives que les citoyens ordinaires ? Combien font confiance aux tribunaux de leur pays pour régler leurs litiges ? Trop souvent, les élites contournent les institutions nationales, révélant ainsi leur propre scepticisme quant à leur efficacité et à leur impartialité.
Les infrastructures publiques, notamment les routes, les transports et les logements sociaux, n’échappent pas à cette logique. On inaugure des projets à grand renfort
communication, mais on évite ensuite de les utiliser au quotidien. Là encore, la mise en scène politique remplace l’engagement réel.
Même la culture, pourtant présentée comme un levier de souveraineté et d’identité, est traitée avec distance. Les responsables chargés de la promouvoir vivent souvent en rupture avec les langues, les traditions et les réalités locales.Leurs enfants grandissent déconnectés des cultures nationales, tandis que le discours officiel continue de vanter l’authenticité africaine.
Au final, cette attitude traduit une crise morale et politique profonde. On ne peut pas bâtir un État solide sur la démagogie.
On ne peut pas exiger des citoyens qu’ils croient en des systèmes que les dirigeants eux-mêmes évitent. La reconstruction de la confiance passe par l’exemplarité, la cohérence et l’alignement entre le discours et les actes. Sans cela, les politiques publiques resteront des promesses creuses, et l’État, une façade sans fondations solides.
Abdoulaye Dabo.



