À la suite de la mise en garde du premier imam de la grande mosquée Fayçal, Elhadj Mamadou Salifou Camara, contre la politisation des lieux de culte par certains imams lors des sermons, Elhadj Aboubacar Latif Sylla, imam de Lansanayah, a livré sa position sur la question. Il s’est exprimé lors d’un entretien exclusif accordé à la rédaction d’Avenirguinee.org ce jeudi 15 janvier, à son domicile.
Prenant la parole, l’imam Latif a d’abord souligné le caractère spirituel et sacré de la fonction d’imam, qu’il considère comme une bénédiction divine dépassant toute autre distinction terrestre.
« Il faut savoir que c’est Dieu qui a béni le titre d’imam, et ce titre dépasse même celui des chefs d’État. Puisque ces personnes jouent le rôle des prophètes sur cette terre, et Dieu a placé les prophètes au-dessus des autres créatures », a-t-il déclaré d’entrée.
Selon le jeune imam, évoquer la paix dans les sermons ne saurait être assimilé à un acte politique.
« Qu’un imam parle de la paix n’est pas de la politique, et cela n’est pas mauvais en soi », a-t-il affirmé.
Dans la même dynamique, l’imam Latif a cependant dénoncé les dérives de certains imams qui, selon lui, instrumentalisent la religion à des fins personnelles.
« Je ne parle pas d’un imam qui porte un boubou politisé et se met à crier derrière les chefs d’entreprise ou les dirigeants de ce bas monde. Je ne parle pas de celui qui parle pour se faire aimer du président, ou qui se cache derrière son titre d’imam pour quémander afin qu’on lui construise quelque chose. Je ne parle pas de ces imams-là. Mais celui qui sait qu’il est serviteur de Dieu et que sa connaissance est au service de la nation, quand il voit le mal, il le dénonce pour qu’il soit corrigé, et quand il voit le bien, il l’apprécie afin que cette action soit multipliée. »
Poursuivant, il a insisté sur la place que devrait occuper un imam dans la société. « La place d’un imam n’est pas derrière les bureaucrates, ni à dire : “j’ai rêvé du président”. Si cela arrive, c’est que la société est gâtée. L’inverse devrait se produire : que le président, accompagné de ses ministres, se rende chez un imam pour le saluer et lui demander d’invoquer la grâce divine afin de faire prospérer la paix dans le pays. C’est cela qui est normal », a-t-il laissé entendre.
Il convient de rappeler que la sortie du premier imam de la grande mosquée Fayçal faisait suite à des constats observés dans plusieurs lieux de culte de la capitale.
Sonia Sylla et Ibrahima Sory Sylla pour avenirguinee.org



