À Fria, le constat est jugé très alarmant. Les autorités locales peinent toujours à doter le stade préfectoral d’une pelouse, malgré le fait que la préfecture abrite la première usine d’alumine construite en 1957.
Située à environ 160 km de Conakry, au nord du fleuve Konkouré, cette ville, berceau de l’athlète Dah Bangoura dont le stade porte le nom, regorge pourtant de footballeurs talentueux qui ont aujourd’hui perdu tout espoir de voir cette infrastructure rénovée.
Rencontrés par la rédaction ce mercredi, joueurs et responsables du stade se sont exprimés avec amertume face à cette situation préoccupante.
Interrogé, Camara Ibrahima a déclaré : « C’est quelque chose qui me touche directement, qui me va droit au cœur, parce que nous avons toujours rêvé de voir ce stade doté d’une pelouse. Cela fait des années qu’on nous promet une pelouse, mais rien n’a été fait. Je suis né et j’ai grandi ici. J’ai toujours entendu parler de pelouse, mais elle n’a jamais été réalisée. Aujourd’hui, tout ce que je souhaite, avec des personnes de bonne volonté comme vous, c’est de nous aider. Je lance aussi un appel aux autorités pour qu’elles regardent la situation de Fria, car la ville regorge de nombreux sportifs, pas seulement dans le football, mais aussi dans d’autres disciplines. »
Poursuivant, il ajoute : « Nous prions les autorités et le gouvernement guinéen de nous aider à réaliser ce rêve, celui d’avoir une pelouse à Fria. Les conditions dans lesquelles nous pratiquons le sport sont très difficiles. Il y a beaucoup de poussière, ce qui est dangereux pour notre santé. Il faut se déplacer à Fria pour comprendre. Lors des grands matchs, on est parfois obligé d’interrompre les rencontres pour arroser le terrain. Tout cela est dû à la dégradation du sol. Nous faisons du sport dans des conditions très pénibles. Si les autorités et le gouvernement peuvent nous aider, ce sera pour le bonheur de la jeunesse », a-t-il conclu.
De son côté, Emmanuel Lénaud, un des fils de Fria, s’est exprimé avec déception : « Comme vous le voyez, je suis un passionné de football. Nous venons souvent nous entraîner ici, mais les conditions ne sont pas favorables. Le terrain est en terre battue, les joueurs tombent et se blessent gravement. Nous demandons simplement de l’aide pour avoir un bon terrain. Les conditions ne sont pas les mêmes qu’ailleurs. Même sur le terrain rouge, il est difficile de pratiquer notre passion. Lors de l’organisation des tournois, Fria est souvent oubliée. Pourtant, cette pelouse devait être réalisée depuis longtemps. On se contente de ce qu’on a, mais il est temps qu’on nous aide. »
Très inquiet, Emmanuel Lénaud a également lancé un appel au Président de la République, Mamadi Doumbouya : « Ce qu’il fait est un travail remarquable. Il est sur le bon chemin en matière de rénovation. Mais il y a des localités qui ont été oubliées. Il ne faut pas se concentrer uniquement sur la capitale. À travers le ministre des Sports, qu’il s’intéresse à la ville de Fria, qui a besoin de son Président. Nous avons ici des talents cachés. La jeunesse de Fria demande la rénovation de son stade, car l’avenir de demain, c’est nous. »
Pour sa part, Cecicène Pbogomou a pris la parole avec beaucoup de déception : « Chaque matin, nous venons nous entraîner dans des conditions très difficiles. Le terrain n’est pas couvert et l’alumine nous affecte énormément. Dès que tu mets les pieds dans le stade, la poussière et l’alumine prennent le dessus, ce qui est mauvais pour notre santé. Même sans jouer, on peut tomber malade à cause de cette poussière. Avec la forte chaleur, c’est encore plus compliqué. Il y a trop d’équipes à Fria et nous n’avons même pas assez de temps pour nous entraîner. Parfois, on est obligés de venir à 14h ou 15h, sous un soleil ardent, sur un terrain dégradé. Le sable dégage une chaleur étouffante. »
Lançant un appel aux autorités de la transition, Cecicène Pbogomou a conclu : « Chaque année, on nous promet la rénovation du stade de Fria, mais à la fin, on se retrouve toujours avec les mêmes difficultés. Nous demandons à Son Excellence le Président Mamadi Doumbouya et au ministre des Sports de nous aider à régler le problème de l’alumine. Tant que le terrain n’est pas aménagé, l’alumine nous contamine. Il faut absolument rénover ce stade pour la jeunesse de Fria. »
De son côté, Alpha Aïssata Sylla, directeur du stade préfectoral de Fria, a exprimé ses inquiétudes : « C’est aussi notre préoccupation en tant qu’autorités locales. Chaque chose a son temps, et les autorités continuent de se battre, car c’est leur devoir. Récemment, trois groupes d’ingénieurs venus de Conakry sont passés. Ils sont chargés de la gestion des stades dans les 33 préfectures. À chaque fois qu’ils viennent, c’est moi qui les accompagne pour visiter le stade. Mais après leurs visites, ils repartent sans suite. Ils viennent pour des études, mais au final, la préfecture n’obtient aucun résultat. »
Poursuivant son analyse, le directeur ajoute : « Aujourd’hui, le stade préfectoral de Fria mérite mieux que son état actuel. Par le passé, il accueillait de grandes compétitions. Avant notre affectation ici, Fria recevait des compétitions qui ne se jouent plus aujourd’hui. Nous nous battons pour l’avenir de Fria. Notre objectif est de répondre aux attentes de cette jeunesse. Dans la vie, ce que vous avez reçu comme bonheur, vous devez le rendre à votre lieu de naissance et à votre lieu de travail. »
Selon lui : « Votre arrivée nous réconforte. Nous sollicitons l’aide des autorités, car cette jeunesse mérite mieux. Les autorités régionales ont besoin d’un appui pour rénover ce stade. Nous saluons les réformes engagées par le Président depuis le 5 septembre 2021, mais Fria a besoin de son attention. Lui seul peut sauver ce stade préfectoral qui est en voie de dégradation. Depuis ma nomination, cela fait quatre ans. Aujourd’hui, Fria n’est plus comme avant. Le principal problème reste la rénovation de ce stade. Les matchs du championnat d’Élite se jouaient ici autrefois, sans déplacement à Conakry. Aujourd’hui, avec l’état du stade, les clubs ne sont plus en sécurité. Le stade n’est pas conforme aux normes et ne génère aucune recette. Les joueurs sont exposés. »
Évoquant la situation du gardien du stade, Alpha Aïssata Sylla précise : « Le gardien relève de mon autorité. Une infrastructure en bon état doit générer des revenus pour assurer l’entretien et payer les travailleurs. Mais sans recettes, c’est très compliqué.

À Fria, la prise en charge des gardiens relevait du budget local. Depuis certains changements administratifs, tout est bloqué. Le gardien du stade n’est pas payé depuis quatre ou cinq ans, si ma mémoire est bonne. Nous demandons aux autorités, au plus haut niveau, de nous aider à rénover le stade préfectoral de Fria », a-t-il conclu.
Alsény Savané pour avenirguinee.org
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