Depuis deux semaines, la campagne présidentielle de 2025 a officiellement démarré sur toute l’étendue du territoire national. Dans ce contexte marqué par une forte effervescence politique, le débat autour du rôle et de la responsabilité des médias prend de plus en plus d’ampleur. Ancien journaliste et ex-président de l’Association Guinéenne des Éditeurs de la Presse Indépendante (AGEPI), Moussa Iboun Conté a apporté son éclairage, en livrant de sages conseils aux professionnels de l’information, fort de son expérience de doyen dans le métier.
Dans une interview accordée à notre rédaction ce lundi 15 décembre 2025, Moussa Iboun Conté a tenu à rappeler que le rôle des médias ne saurait varier selon les circonstances politiques.
« Quand j’ai été interpellé sur le rôle des médias, j’ai dit et j’ai répété, j’ai même enseigné, que le rôle des médias ne peut pas être en fonction des circonstances. Le rôle des médias est naturel, il est consacré par les textes locaux, mais ce rôle-là aussi est reconnu par les directives internationales, telles que la Déclaration universelle des droits de l’homme. Et à partir de là, les journalistes bénéficient d’une certaine protection. Alors, en cas d’électorat, on peut dire que ça peut être le même rôle. Mais cette fois-ci, on leur demande, comme d’habitude, d’exposer des faits, d’éviter de faire des analyses et des conclusions hâtives. »
Pour l’ancien président de l’AGEPI, le journaliste demeure « les yeux et les oreilles de la majorité silencieuse » et joue un rôle fondamental dans l’appréciation des politiques publiques, qu’elles soient bénéfiques ou préjudiciables aux populations.
« Donc, c’est pourquoi le journaliste, il doit jouer sa partition. Il doit voir d’abord qu’il a ce mandat, il a ce contrat social avec les citoyens. Donc, il doit refuser que les gens qui sont en compétition .. abusent de la naïveté des électeurs. Surtout dans un pays où on a plus de 75% de nos parents, de nos compatriotes qui ne savent ni lire et écrire. »
Moussa Iboun Conté insiste également sur la nécessité pour les journalistes d’analyser en profondeur les projets de société des candidats, notamment leur mode de financement, sans jamais se substituer au jugement des électeurs.
« C’est l’erreur du devoir du journaliste de décortiquer le projet de société de chacun des candidats. Et surtout de s’apaisantir sur le modus operandi pour ce qui concerne le financement de ce projet de société. Faire une analyse pointue, faire appel à des économistes, faire appel à des analystes financiers, pour qu’on puisse au moins lui montrer est-ce que ce modus operandi, le mode de financement de son projet de société, est réel, est réaliste, est réalisable. Donc, à partir de là, le journaliste peut déjà faire un parallèle… Il ne conclut pas il laisse les électeurs conclure. »
Selon lui, cette démarche permet de valoriser le vote et d’encourager une participation citoyenne responsable.
« Et c’est là qu’on peut valoriser le vote de nos citoyens. C’est là qu’on va encourager les citoyens à s’impliquer dans le processus électoral. »
Par ailleurs, Moussa Iboun Conté a rappelé l’importance pour les journalistes de maîtriser le cadre juridique et institutionnel du processus électoral.
« il serait intéressant que les journalistes jouent leur partie. Et c’est là que la loi sur la presse prend cela en compte… Il faudrait que tous les actes que le journaliste pose tiennent aussi le cadre juridique institutionnel des élections dans notre pays. »
Il a également invité les médias à s’impliquer activement dans le monitoring du processus électoral et des discours politiques, notamment sur les réseaux sociaux, afin de préserver la cohésion sociale.
« Donc, le média doit aussi faire le rôle du monitoring… C’est-à-dire qu’ils se tiennent compte de vivre ensemble et ça contribue à la cohésion sociale. »
Enfin, l’ancien journaliste a mis en garde contre toute compromission financière, rappelant le caractère sacré de la mission journalistique.
« Mais si vous entendez qu’on vous donne de l’argent pour jouer ce rôle-là, vous aurez raté votre mission. Parce que votre mission, c’est une mission sacerdociale. C’est un contrat social. Vous êtes au service de la communauté, vous êtes au service des citoyens, qui vous font confiance. »
Pour Moussa Iboun Conté, en période électorale, le journaliste doit faire preuve d’autocensure, de responsabilité et de professionnalisme, dans un environnement marqué par la compétition politique.
« Vous n’oubliez pas que vous êtes dans la compétition… Chaque candidat est mis par la volonté de convaincre les électeurs pour offrir la majorité des suffrages qui vont être valablement exprimés…. »
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org



