Ce mardi 11 novembre 2025, les autorités guinéennes ont procédé au lancement officiel du premier chargement de minerai de Simandou au port de Moribayah, dans la préfecture de Forécariah. C’est le président de la République, Mamadi Doumbouya, qui a présidé la cérémonie en présence de plusieurs invités de marque.
Mais derrière l’éclat de cet événement historique pour le pays, la colère monte dans les localités impactées par le mégaprojet Simandou. Plusieurs autorités locales et acteurs communautaires dénoncent une exclusion totale de la cérémonie inaugurale, alors même que le projet traverse plusieurs villages et villes avant d’atteindre le port de Moribayah.
Dans une interview téléphonique accordée à la rédaction d’avenirguinee.org juste après la cérémonie, Morissani Doudonzo, vice-président de l’Union Préfectorale des Entrepreneurs de Beyla (UNIPEB), n’a pas caché sa déception.
« C’est un regret et une déception pour nous aujourd’hui. Lors de la cérémonie du lancement du projet Simandou, c’est un événement de haut niveau. Je vous dis que c’est tellement décevant qu’aucun membre des communautés impactées par le projet les différents maires de Beyla, de Mouridou, de Macenta à Conta, en passant par Macenta Centre, jusqu’à l’Union Préfectorale des Entrepreneurs de Forécariah (UNIPEP), et même le président du district du port de Sénguélé n’a été invité à cette cérémonie solennelle qui livre aujourd’hui l’avenir de la Guinée »,
Pour lui, c’était l’occasion pour l’État de mettre en avant le contenu local et de donner la parole aux populations directement concernées par le projet.
« Pendant ce temps, la communauté, avec ses mots à dire, c’était un bon moment pour l’État de valoriser le contenu local, de donner la voix à la communauté impactée par le projet, de leur permettre d’exprimer leurs sentiments et leurs remerciements au chef de l’État. Mais malheureusement, la communauté a été ignorée », a-t-il déploré.
Interrogé sur les raisons de cette absence, Morissani Doudonzo affirme ne pas en connaître les causes précises : « Les raisons, je ne peux pas vous les dire. C’est le comité stratégique qui peut vous expliquer cela. Mais nous, ce que nous voyons, c’est qu’on n’a reçu aucune carte d’invitation, ni écrite, ni verbale. Même le préfet de Beyla et les autorités préfectorales de la zone n’ont pas été invités. On n’en parle même pas des maires et des entrepreneurs locaux. »
Le vice-président de l’UNIPEB estime que cette exclusion envoie un mauvais signal : « Cela signifie que nous sommes écartés du projet, alors que nous sommes les vrais acteurs, ceux qui sont auprès des communautés pour les sensibiliser et les accompagner. Si nous sommes mis à l’écart de ce genre de cérémonie, au moins l’État aurait pu nous présenter aux partenaires stratégiques venus de l’étranger. C’est une situation regrettable », a-t-il déclaré avec amertume.
Morissani Doudonzo a lancé un appel solennel au président de la République et au Comité stratégique de Simandou : « Notre appel, c’est de dire au gouvernement et au comité stratégique de reconnaître l’erreur qu’ils ont commise et de ne pas la répéter. Il faut que le comité stratégique travaille avec les unions locales présentes dans les communautés. Le gouvernement doit penser aux entrepreneurs locaux, car ce sont eux qui sont proches des collectivités et qui appliquent la politique du contenu local. Si on les écarte, ce n’est pas un bon signe, ni un bon message. »
Le président de la délégation spéciale de Nissomoridou, Mohamed Karifa, a lui aussi confirmé son absence à la cérémonie de lancement.
« Non, très malheureusement, je n’ai reçu aucune invitation. On n’a pas été invités au lancement national. Nous attendions impatiemment l’invitation des autorités supérieures, car aujourd’hui la commune rurale de Nissomoridou est la locomotive du projet Simandou. La société Rio Tinto Simfer et ses sous-traitants évoluent tous dans notre localité. »
Il a tenu à rappeler l’importance stratégique de sa zone dans la mise en œuvre du mégaprojet : « Dans le projet Simandou, nous avons les trois grands composants : la mine, le corridor ferroviaire et le port sec. Nous nous réjouissons de l’avancement du projet, mais nous aurions été encore plus heureux si nous avions été invités à cette cérémonie. Malheureusement, nous avons été oubliés », a-t-il regretté.
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
621 26 99 81



