Le peuple de Guinée s’apprête à célébrer le 67ème anniversaire de l’indépendance obtenue en 1958. Déjà, la ferveur de la fête nationale se fait sentir dans la capitale, notamment à Kaloum, où le défilé aura lieu ce jeudi 02 octobre.
Dans un entretien exclusif accordé ce mercredi 1er octobre à la rédaction d’Avenirguinee, l’honorable Cheikh Traoré, vice-coordinateur chargé de la communication et porte-parole de l’Alliance des Forces Patriotiques (AFP), a partagé son regard sur l’histoire politique de la Guinée, les acquis de l’indépendance, et les dérives démocratiques actuelles. Pour lui, l’évolution politique du pays depuis 1958 est marquée par des avancées significatives mais aussi des reculs inquiétants.
« La première avancée politique, c’est que tous ceux qui sont nés après 1958 sont nés citoyens guinéens. On revendique déjà cette fierté. La deuxième avancée politique, c’est que nous avons été les précurseurs de l’ère des indépendances dans les pays francophones d’Afrique. Le président Sékou Touré, paix à son âme, ainsi que les compagnons de l’indépendance, ont eu le mérite et le réflexe nécessaire, un 28 septembre, de dire non à la Cinquième République française », dit-il.
Pour l’ancien député et sous-préfet de Kassa, le succès du référendum historique s’est appuyé sur l’unité des forces politiques de l’époque, au-delà de leurs divergences.
« Il y avait plusieurs partis politiques en Guinée. C’est l’unité de ces partis autour du PDG-RDA qui a permis le « non » massif du 27 septembre 1958. Il n’y avait pas que le PDG-RDA. Il y avait le PAG, il y avait les Bary Djawandou, les Bary 3 et plusieurs autres qui avaient leurs partis politiques. Mais ils ont mis la patrie au-dessus de tout. »
À cette époque, poursuit-il, le parti unique s’inscrivait dans un modèle de démocratie populaire, qui, selon lui, était plus avancé que le système actuel : « Le système de parti unique a continué avec son modèle de démocratie populaire, qui était plus avancé que la démocratie d’aujourd’hui. »
Cheikh Tidiane Traoré déplore la transformation du paysage politique guinéen après les années 1990, qu’il juge responsable d’un affaiblissement du civisme et du vivre-ensemble : « Tous les vendredis, je représentais mon père dans les réunions du PRL où l’on consultait chaque semaine le peuple sur les grands sujets de la République. Cela ne se fait plus. Les acteurs politiques ont mis en place une démocratie mal assimilée, qui a favorisé les replis identitaires. Les partis politiques ne sont plus des cadres d’éducation au civisme, à l’esprit de partage et de tolérance. »
Pour conclure, l’homme politique invite à repenser la démocratie comme un processus culturel, et non comme une règle imposée de l’extérieur : « Je ne connais aucun pays et j’ai fait presque le tour du monde qui ait bâti les fondements de son développement sur la base des règles démocratiques qu’on nous impose aujourd’hui. Ça doit être une finalité, pas un point de départ. En démocratie, on ne dirige pas un peuple, on le suit. »
Sona Sylla pour avenirguinee.org



