Dimanche 28 septembre 1958, la Guinée a voté « Non » à la domination coloniale et a demandé son autonomie après 60 ans de colonisation.
Comment ce vote s’est-il passé ? Pourquoi les Guinéens ont-ils voté massivement pour le non ? Ce sont ces questions que nous avons posées, ce samedi 27 septembre 2025, à la veille de la commémoration, à l’ancien ministre de la Sécurité et ancien gouverneur de Labé sous le régime d’Alpha Condé, Elhadj Madifing Diané.
Selon lui, le 28 septembre 1958 est une date historique pour la Guinée. « Le 28 septembre 1958 et le 2 octobre 1958 sont deux dates majeures dans la vie des peuples colonisés d’Afrique au sud du Sahara, l’AOF et l’AEF. Le 28 septembre a été choisi comme date du référendum sur les propositions faites par la France au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. La France, ayant souffert de la domination nazie et bénéficié du soutien des Africains dans sa libération, a pris conscience de la souffrance des peuples colonisés. Alors, la proposition a été faite pour que les peuples africains puissent voter librement par un “oui” ou un “non”. Oui, pour une autonomie au sein de la communauté française, ou non, pour une totale liberté. La Guinée fut la seule à voter non. Et quatre jours après, du 28 septembre au 2 octobre, la France a abandonné entièrement la Guinée, en détruisant même les bases de son administration. C’est pour cette raison que les Guinéens doivent être fiers de leur pays et rendre hommage à nos devanciers qui nous ont conduits à l’indépendance. »
Poursuivant, il explique : « Le 28 septembre 1958, c’est pour le Guinéen le plus gros symbole de sa vie, parce que c’est l’expression de l’unité totale, de la fierté et de la dignité nationale. Aucun cercle, de Yomou à Boké, n’a été en marge de ce vote. Deux dates doivent être soulignées : le 25 août 1958, lors de la visite du général de Gaulle, où le PDG-RDA déclara “Nous préférons la liberté dans la pauvreté que la richesse dans l’esclavage”. Ce fut le déclic pour le vote du 28 septembre. Le 14 septembre 1958, les autres partis, la Démocratie socialiste de Guinée de Barry III et le Bloc africain de Guinée de Barry Diawandou, se sont alliés au PDG-RDA pour voter non. Ensemble, ils ont exprimé la volonté de tout un peuple. »
Pour lui, cette date est plus qu’un simple événement politique : « Elle est une référence parce qu’elle a permis le rassemblement de tous les Guinéens, quelles que soient leurs ethnies, leurs confessions ou leurs statuts sociaux. Le message est clair : l’union fait la force. L’élection de 1958 a vu la victoire du PDG-RDA et mis fin aux coordinations régionales instrumentalisées par la colonisation. Les cadres qui ont mené ce combat étaient jeunes, âgés de 30 ans environ, et ont su mobiliser le peuple vers la victoire. Le 28 septembre doit donc rester un mode de vie où chaque Guinéen se reconnaît en l’autre. »
Faisant un parallèle avec la situation actuelle, Elhadj Madifing Diané souligne : « Le cycle est revenu. Je ne suis pas mystique, mais je crois au retour des cycles : 40 ans, 70 ans, 100 ans. La Guinée va vers ses 70 ans d’indépendance. Comme en 1958, ce sont encore des jeunes, âgés de 30 à 36 ans, qui sont aux responsabilités. Particularité : le 28 septembre 2025 tombe un dimanche, comme en 1958. Et le 2 octobre 2025 tombe un jeudi, comme le 2 octobre 1958. C’est une confirmation que l’histoire se répète. »
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
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