Yarie Camara-Kaporo-rails-En mars 2019, l’État guinéen procédait au déguerpissement de Kaporo-Rail, une zone fortement peuplée située dans la commune de Ratoma, au motif qu’il s’agissait d’un domaine appartenant à l’État. Des centaines de familles furent alors expulsées, sans relogement immédiat ni indemnisation formelle, suscitant une vive émotion nationale.
Parmi les victimes, une femme est devenue le symbole de cette tragédie sociale : Fatoumata Yarie Camara, dont la photo, effondrée sur les ruines de sa maison, avait fait le tour des réseaux sociaux. Sept ans plus tard, son fils, Alseny, raconte le calvaire vécu par sa mère jusqu’à son décès le lundi 15 septembre 2025, à 17h.
Rencontré par notre rédaction ce jeudi 18 septembre, Alseny Camara revient avec émotion sur ces années de souffrance, de marginalisation et d’indifférence.
« Vous savez, en 2019, notre maison a été déguerpie comme beaucoup d’autres. C’était une maison construite par notre défunt père. Mais depuis ce jour, on n’a rien reçu : ni indemnisation, ni parcelle, ni un seul franc. Nous vivons encore aujourd’hui dans un logement précaire. Ma mère a été profondément touchée par ça. Chaque fois qu’elle se plaignait, c’était à cause de cette image qui l’a tant marquée. Psychologiquement, elle n’a jamais pu s’en remettre. »
Alseny affirme que le choc du déguerpissement a fini par ronger sa mère de l’intérieur : « Elle disait tout le temps qu’elle n’allait jamais oublier cette image. Un jour, elle m’a dit que les images de 2019 ne la quitteraient jamais. C’est ce traumatisme qui l’a menée à la maladie. Elle n’était plus comme avant, elle se plaignait tout le temps… jusqu’à son dernier souffle. »
Malgré les promesses officielles et les annonces récentes du gouvernement concernant la mise à disposition d’un espace aux victimes de Kaporo-Rail, la famille Camara affirme n’avoir rien reçu.
« Non, nous n’avons rien reçu. On n’a même pas été informés. Pourtant, là où on vivait à Kaporo-Rail, c’était un terrain que notre père avait payé. Si des espaces sont attribués aux victimes, pourquoi pas nous ? Nous demandons de l’aide à l’État. Nous sommes aussi Guinéens, on ne peut pas nous abandonner comme ça. »
Yarie Camara laisse derrière elle plusieurs enfants orphelins, sans toit ni soutien, selon son fils : « Aujourd’hui, nous vivons sans rien. Le seul espoir qu’on avait, c’était cette maison. Depuis, on survit dans un logement insalubre. Et c’est ce stress, ce désespoir, qui a tué notre mère. Elle est partie dans l’oubli, sans justice, sans reconnaissance. »
L’enterrement de Yarie Camara a eu lieu dès le lendemain, mardi 16 septembre. Mais son histoire demeure celle de milliers d’autres familles affectées par le déguerpissement de Kaporo-Rail.
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
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