Depuis le début de la saison des pluies en Guinée, la capitale Conakry et ses villes environnantes notamment Coyah, Dubréka et Forécariah subissent d’importants dégâts liés aux inondations : pertes humaines, destruction d’habitations, routes impraticables… Face à cette situation dramatique, nous avons rencontré Mohamed Mansour Kaba, ingénieur en Génie civil, ex-ministre de la Construction, de l’Urbanisme et de l’Habitat sous la transition de 2010.
« J’ai commencé à travailler en 1973 à Abidjan et j’ai géré les plus grands projets urbains de l’ex-président ivoirien Houphouët-Boigny. En 1979, j’ai fondé un bureau d’études international qui a mené des projets dans plus de 20 pays en Afrique et en Asie, notamment en Angola, au Gabon et à São Paulo. »
L’ancien ministre revient aussi sur son engagement patriotique en 2010 : « Quand j’étais ministre, je gagnais 5 millions de francs guinéens par mois, avec une voiture de service. Pourtant, lorsque je travaillais pour la Banque mondiale notamment au Zaïre pour la réhabilitation des infrastructures je gagnais 170 millions par mois. Être ministre, pour moi, c’était un sacrifice. »
Concernant les inondations actuelles, il explique : « C’est un projet que j’ai conçu sans que le gouvernement me le demande. Il s’appelle : Projet de restructuration des quartiers spontanés de l’axe Hamdallaye–Bambéto–Kosa jusqu’à la T5. Ce projet avait été accepté du temps du président Alpha Condé et confié à feu Brique Mômô, qui devait chercher le financement. Malheureusement, il est décédé avant le lancement du projet. Depuis, tout est resté dans les tiroirs. »
Selon lui, le cœur du problème est l’absence de vision urbaine dès l’indépendance : « En 1958, Conakry comptait entre 80 000 et 100 000 habitants. Aujourd’hui, on parle de plus d’un million, mais les infrastructures n’ont pas suivi. Les maisons sont construites dans tous les sens. En urbanisme, ce n’est pas acceptable. Même les pompiers ne peuvent pas accéder à certains quartiers en cas d’incendie. »
« En 2010, nous avions mis en place des commissions de travail : une sur la voirie, une sur les échangeurs… Les échangeurs qu’on construit aujourd’hui, nous les avions déjà étudiés à l’époque. Par exemple, une autoroute était prévue depuis le Palais du peuple vers Dubréka, en longeant la mer, sans remblai, uniquement sur pilotis. Un autre axe devait relier le Palais du peuple à Forécariah via le port de Morybayah. »
Selon l’ancien ministre, la solution réside dans une approche technique réfléchie :
« Nous avons plus de 300 km de côte bordés de montagnes. Ces montagnes bloquent les nuages remplis d’eau qui s’abattent sur Conakry 5 000 mm de pluie par an, contre 3 500 mm pour Abidjan. Cette eau, gratuite, n’est pas du tout captée. »
Il propose : « Il faut construire des lacs artificiels au pied des montagnes mais à une bonne distance pour éviter les glissements de terrain. Des lacs de 5 mètres de profondeur pourraient retenir les eaux avant qu’elles n’atteignent les villes. Cela permettrait de limiter les inondations. »
Il conclut : « Les caniveaux de Conakry ne suffisent pas. Ils sont inefficaces pour évacuer l’eau. Sans véritables infrastructures de drainage, nous revivrons ces catastrophes chaque saison. Il faut faire appel aux techniciens et aux ingénieurs pour penser durablement l’avenir urbain du pays. »
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
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