Dans le langage courant, il est fréquent d’entendre certains fondateurs ou dirigeants d’entreprises se faire appeler PDG, quelle que soit la forme juridique de leur société. Pourtant, ce titre n’est ni universel, ni automatiquement applicable à toutes les entreprises. Selon le droit des sociétés de l’espace OHADA, le titre de Président Directeur Général est réservé exclusivement aux Sociétés Anonymes (SA). Son usage dans d’autres formes sociales comme les SARL (Sociétés à Responsabilité Limitée) est juridiquement inapproprié et trompeur.
1. Qu’est-ce qu’un PDG ?
Le Président Directeur Général (PDG) est une fonction spécifique propre à un mode de gouvernance bien déterminé : celui de la Société Anonyme à conseil d’administration. Le PDG cumule deux fonctions :
Il est président du conseil d’administration, organe chargé de la stratégie et du contrôle de la gestion.
Il est directeur général, c’est-à-dire le représentant légal et le responsable de la gestion quotidienne de la société.
Cette concentration de pouvoirs fait du PDG le dirigeant le plus puissant dans le modèle SA à conseil d’administration, mais ce mode d’organisation ne concerne pas les SARL, qui fonctionnent autrement.
2. Le cadre juridique du PDG dans l’espace OHADA
Le droit OHADA, notamment l’Acte Uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et du GIE (AUDSC-GIE), définit précisément les conditions de désignation et les prérogatives du PDG dans une SA :
Article 414 : Il est prévu que la SA peut être administrée par un conseil d’administration, lequel désigne un président parmi ses membres.
Article 428 et suivants : Il est possible de cumuler les fonctions de président du conseil d’administration et de directeur général, formant ainsi le Président Directeur Général.
Autrement dit, seule une SA dotée d’un conseil d’administration peut avoir un PDG au sens juridique du terme. Cela signifie que :
> ➤ Une SARL, une SNC, une SCS, ou une SAS ne peut juridiquement pas avoir un PDG.
➤ Le dirigeant d’une SARL est appelé gérant (ou cogérant), tel que prévu à l’article 311 et suivants de l’AUDSC-GIE.
3. L’usage abusif du titre de PDG dans les SARL : une erreur fréquente
Dans les faits, de nombreux entrepreneurs dans l’espace OHADA, notamment en Afrique francophone, se donnent le titre de PDG alors même que leur entreprise est constituée sous forme de SARL. Cet abus de langage peut sembler anodin mais il pose plusieurs problèmes juridiques et éthiques :
Tromperie sur la forme de la société : cela peut donner une fausse image de solidité ou de gouvernance.
Confusion des fonctions : un gérant de SARL n’a pas les mêmes responsabilités ni les mêmes obligations qu’un PDG de SA.
Incompatibilité légale : le titre n’existe pas dans les statuts types de la SARL ; son usage est donc sans fondement.
4. Quelle est la bonne appellation pour le dirigeant d’une SARL ?
Selon le droit OHADA, la SARL est dirigée par une ou plusieurs personnes physiques nommées gérants, désignés dans les statuts ou par décision des associés. Leur titre officiel est donc :
Gérant (pour une gestion monopersonnelle)
Cogérant (en cas de gestion conjointe)
Il est recommandé, dans les documents officiels et les présentations publiques, de se désigner par le titre exact prévu par la loi.
Le titre de PDG est strictement réservé aux Sociétés Anonymes disposant d’un conseil d’administration dans l’espace OHADA. Son utilisation par les dirigeants d’autres formes de sociétés, notamment les SARL, constitue un abus de langage contraire au droit des sociétés. Il est donc important, pour des raisons de transparence, de légalité et de bonne gouvernance, que chaque dirigeant se conforme au titre exact prévu pour sa forme juridique.
👉 Un fondateur de SARL peut être un chef d’entreprise, un gérant, un entrepreneur — mais pas un PDG au sens juridique du terme.
Eugène Capi Balamou, juriste diplômé d’un master 1 en Droit privé des Affaires



