Comme indiqué dans notre précédent article, la forte pluie qui s’est abattue sur Conakry dans la nuit du dimanche 13 au lundi 14 juillet 2025 a provoqué d’importantes inondations dans plusieurs quartiers, notamment à Kipé, dans la commune de Ratoma. Le bilan fait état d’un mort, d’un blessé grave et de nombreux dégâts matériels.
Selon les témoignages recueillis sur place, les constructions anarchiques, en particulier celles d’un chantier chinois, seraient à l’origine de la catastrophe.
Dans sa cour, Mariame Sanoussi Camara raconte : « Depuis 1h du matin, on était déjà au lit. Mon jeune frère est venu en criant : « Levez-vous ! Levez-vous ! L’eau est entrée dans la maison ! » On s’est précipités, et dès qu’on a mis les pieds par terre, il y avait de l’eau partout dans les chambres. Heureusement, il y avait une coupure de courant, sinon les rallonges branchées partout auraient causé un drame. On a tenté d’évacuer l’eau, mais en ouvrant la porte, elle rentrait encore plus fort. On a alerté les jeunes du quartier. Ils sont sortis casser le mur construit par les Chinois qui empêchait l’eau de s’évacuer. Ce mur est à l’origine de la mort enregistrée. Dans mon salon de coiffure, tout est mouillé, mais Dieu merci, il n’y a pas eu de mort ici. »
Elle ajoute : « Le chantier de la cité Diamant a bloqué tous les passages d’eau. Ce n’est que grâce à l’intervention des jeunes que l’écoulement a pu se faire. »
Kadiatou Camara, autre sinistrée, témoigne à son tour : « Cela fait plus de 30 ans que nous habitons ici. C’est la première fois qu’une telle chose arrive. Ma grand-mère faisait partie des premières à habiter ce secteur. L’eau coulait normalement de Kipé jusqu’à Bambeto. Mais depuis que les Chinois ont commencé à construire ici, ils ont tout bouché. Notre maison est endommagée : fissures, murs usés, plafonds infiltrés. Quand leurs machines fonctionnent, la maison tremble. Ils ne nous écoutent même pas. Nous demandons l’intervention urgente des autorités. »
Ibrahima Keita, ami du défunt, témoigne avec émotion : « Celui qui est mort s’appelait Fofana, un Léonais gardien dans ce chantier chinois. Il dormait dans un hangar situé en plein passage d’eau. La nuit, l’eau est venue avec force, a fait tomber un mur sur lui. Il est mort sur le coup. Son compagnon, qui était à côté, vomissait du sang. J’ai crié, mais les Chinois ne voulaient pas que la presse voie le corps. Ils l’ont transporté à la morgue, et son ami blessé est toujours hospitalisé. Cela fait 20 ans que je suis gardien ici et jamais une telle inondation ne s’était produite. »
Aissata Yattara, propriétaire d’un salon de coiffure, confie en larmes : « Ce matin, j’ai vu que l’eau avait tout emporté. J’ai passé des années à acheter ces équipements. Tout est perdu en une nuit. Il n’y a pas de caniveau ici, donc l’eau entre directement dans nos maisons et boutiques. Je demande à l’État de venir creuser un canal d’évacuation. C’est urgent, sinon ce sera encore pire. »
À noter que même le collège Kipé n’a pas été épargné. Sa devanture et sa cour étaient complètement inondées par les eaux de ruissellement.
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
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