La décision du Conseil National de la Transition (CNT) d’étendre la durée du mandat présidentiel de 5 à 7 ans dans le projet de nouvelle Constitution continue d’alimenter les débats au sein de la classe politique guinéenne. Si certains acteurs saluent cette réforme institutionnelle, d’autres, à l’image du président de l’UDRP (Union pour la Démocratie et le Renouveau en Guinée), Dr Édouard Zotomou Pogomou, la rejettent catégoriquement.
Dans une interview accordée récemment à avenirguinee, le leader politique membre de l’ANAD, a vivement critiqué cette orientation, qu’il considère comme inadaptée et non réfléchie. Sans langue de bois, il déclare : « On avait dit au début n’avoir pas besoin de nouvelles constructions à chaque fois qu’un gouvernement change. Il faut simplement se référer à ce qui a réussi. Les USA, aujourd’hui, après plus de 235 ans d’indépendance, gardent toujours la même Constitution, celle de 1787. Bien sûr, il y a eu des amendements. Donc un texte qu’on amende est mieux, puisque dans la vie les besoins changent, et les réalités aussi. Le développement qu’on avait hier, on n’a pas cela aujourd’hui. Il faut adapter la Constitution pour être à ce niveau et ne pas être en retard, ça se comprend. Mais vouloir changer à chaque fois qu’un nouveau régime vient, là, il n’y a pas eu de réflexion approfondie », a-t-il martelé.
Pour Dr Zotomou, cette prolongation du mandat présidentiel prévu dans le projet de nouvelle constitution constitue une erreur stratégique dans le contexte guinéen. Il insiste sur la nécessité d’ouvrir la voie à une alternance démocratique réelle et inclusive :
« C’est une erreur, cette prolongation. Dans un pays comme le nôtre, il faut permettre la démocratisation de l’accès à la présidence, puisque vous n’êtes pas la seule personne à avoir des idées pour mieux travailler. Il y a plein d’autres qui ont des contributions à apporter. Il faut leur donner la chance aussi de présenter ce qu’ils ont, et le peuple juge le reste, puisque c’est lui qui doit choisir. Mais quand vous venez, vous vous installez et vous pensez que votre façon de faire, c’est la seule façon qu’il y a, en ce moment c’est la pensée unique. Or la pensée unique n’alimente pas les critères d’amélioration, ce n’est pas possible. Il faut qu’il y ait des éléments contradictoires. C’est cette contradiction qui permet d’apporter la lumière dans les projets que nous entreprenons. Sans contradiction, on pensera que ce qu’on fait est meilleur. Il faut aller se buter contre quelque chose et revenir, ça trouvera qu’on a perdu en temps, en argent et en énergie », a-t-il averti.
À noter que le référendum destiné à valider la nouvelle Constitution est prévu pour le mois de septembre prochain. Une étape décisive qui risque de raviver davantage les tensions entre partisans et opposants de cette réforme constitutionnelle.
Sona Sylla pour avenirguinee.org



