L’officialisation de toutes les langues nationales au même titre que le français dans la future Constitution continue de faire débat. Si certains y voient une avancée vers la reconnaissance culturelle, d’autres redoutent une complexité inutile, notamment dans les domaines de l’éducation et de l’administration. La rédaction d’avenirguinee.org a tendu son micro à quelques citoyens ce samedi 5 juillet à Koloma, dans la commune de Gbessia. Objectif : recueillir leurs opinions à travers un micro-trottoir.
Kadiatou, étudiante en licence 2 à l’université de Sonfonia, apprécie partiellement l’idée, mais souligne ses limites : « Bon, c’est une bonne initiative, mais pas trop bonne. Pourquoi ne pas faire comme les Sénégalais, les Maliens, les Ivoiriens ? Prendre seulement la langue qui est la plus parlée dans la capitale, et puis mettre ça comme une langue officielle de la Guinée, au lieu de prendre toutes les langues qui sont en Guinée et puis enseigner. Ça va embrouiller les enfants, parce qu’il y a plus de 10 langues en Guinée. Et puis, est-ce qu’on a des enseignants formés pour cela ? Lors des évaluations, ce sont les enfants qui vont souffrir après tout. »
Elle estime qu’enseigner chaque langue dans chaque région est une erreur : « Ce n’est pas bon du tout. On a dit une Guinée unie. C’est une Guinée qui doit être unie. Donc si une langue doit être officialisée, ça doit être enseigné partout. Prendre toutes les langues nationales guinéennes devient compliqué à la reconnaissance internationale. »
Avant de proposer une solution concrète : « On peut initier encore notre langue, parce que le Soussou, c’est la langue la plus parlée dans la capitale, quel que soit le prix. Même dans les bureaux, dans les écoles, dans les universités, c’est la langue parlée. Donc si on prenait l’initiative de faire du Soussou la langue officielle de la Guinée, ça ne serait pas trop mal. »
Mohamed Lamine Youla, économiste de profession, partage cette vision. Pour lui, officialiser plusieurs langues serait contre-productif : « C’est une bonne chose. Aucun peuple ne peut se développer sans sa culture et ses coutumes. Et quand on parle de culture et de coutumes, on parle de la langue. Mais s’agissant des langues, à mon avis, c’est un peu trop confus. Je pourrais comprendre qu’on parle d’une langue, mais des langues ? Je crois que c’est une source de division, pas forcément en tant que telle, mais une source de division, aussi minime qu’elle soit. »
Il justifie sa position en s’appuyant sur des exemples concrets : « Je crois qu’il n’y a pas un pays, à ma connaissance, qui a plusieurs langues officielles d’une même nation. Par exemple, au Mali, c’est bien vrai qu’il y a le français, mais ils ont le bambara. Ça ne veut pas dire que les Bambaras sont plus nombreux, mais ils ont décidé d’utiliser le bambara comme langue officielle. Pareil au Sénégal, où le Wolof s’est imposé. »
Et lui aussi finit par suggérer une voie à suivre pour la Guinée : « Vouloir officialiser plusieurs langues, ça serait une source de division. Par exemple, à l’étranger, on vous dit bonjour dans toutes les langues guinéennes, c’est confus. La personne devant vous est confuse. Peut-être que d’autres verront cela sous un autre angle, mais moi je crois que la langue de la capitale serait mieux placée. Les institutions accréditées sont souvent à Conakry. Donc, si je devais choisir une langue en Guinée qui pourrait être consensuelle, ce serait le Soussou », a-t-il conclu.
Sona Sylla pour AvenirGuinee.org



