Après la mort tragique de quatre jeunes des suites de la consommation de la drogue Kush à Kagbelen, M. Yamoussa Bangoura, coordinnateur national du Service d’Aide aux Jeunes en Situation de Séparation avec la Drogue en Guinée, a accordé une interview à la rédaction d’avenirguinee ce mercredi 25 juin 2025. Il y a exprimé sa tristesse face à un phénomène qui gangrène notre société et a partagé des pistes pour y faire face.
Bangoura a d’abord réagi à la tragédie survenue la veille à Kagbelen : « Nous sommes dans un état d’esprit déplorable, puisque la drogue existe bel et bien chez nous. Les conséquences, elles, ne sont pas cachées. Les trafiquants de drogue transitent ici et font leur sale besogne. Il y a des zones à haut risque où la drogue est consommée, et des coins d’accessibilité à la drogue qui méritent d’être détruits complètement.
Donc aujourd’hui, c’est un état d’esprit très regrettable. »
Poursuivant dans sa lancée, M. Bangoura reconnaît les efforts de l’État, tout en soulignant leurs limites : « C’est bien vrai que l’État déploie des efforts dans le cadre de la répression, mais ces efforts sont limités à certains niveaux.
Certains services méritent d’être accompagnés à la hauteur des ambitions des trafiquants. Il faut que les moyens adéquats soient mis à leur disposition pour traquer les trafiquants et les consommateurs. Parce que l’entrée de la drogue est due à une complicité interne. Tant que des agents des forces de défense et de sécurité sont complices, la drogue pourra toujours entrer.
Il faut qu’il y ait une dose de patriotisme chez nos agents. Un agent complice qui permet l’entrée d’une drogue qui détruit notre jeunesse ne gagnera rien de durable. Il va juste contribuer à détruire les jeunes et à créer une instabilité dans le pays. »
L’activiste a ensuite formulé plusieurs propositions pour enrayer le phénomène : « La responsabilité est située à tous les niveaux. Le premier niveau, c’est l’État.
Il faut conscientiser les forces de défense et de sécurité, qui parfois ne font que semblant de lutter. Ce sont des agents assermentés. Il faut mettre à leur disposition les moyens nécessaires pour effectuer des descentes musclées dans les zones sensibles.
Il faut rendre la lutte multisectorielle et multidisciplinaire, en créant une synergie d’action entre les acteurs de prévention, de traitement, de réinsertion et de répression. »
Il propose également :
- La mise en place de polices de proximité qui travaillent avec les leaders communautaires (jeunes, femmes, chefs de quartiers) et collaborent avec les autres corps sans être armés, utilisant des méthodes traditionnelles.
- L’instauration de numéros verts pour permettre la dénonciation anonyme.
- L’accompagnement des centres de prise en charge, comme le fait déjà la Sierra Leone.
- L’implication des parents, qui doivent surveiller, signaler ou intervenir auprès de leurs enfants pour leur propre bien-être.
- La prise de conscience des jeunes consommateurs eux-mêmes.
« Si nous voulons vraiment sortir de cette situation, tous ces piliers doivent être renforcés et coordonnés », a-t-il insisté.
Sona Sylla pour avenirguinee.org



