La Guinée traverse ces dernières semaines une pénurie de billets de banque, une situation qui fait couler beaucoup d’encre et de salive au sein de l’opinion.
Dans une interview accordée à la rédaction d’AvenirGuinée ce samedi 21 juin, M. Mohamed Lamine Youla, économiste de formation et administrateur, a partagé son avis sur cette crise.
« Le manque de liquidités doit inquiéter tout le monde. Dans d’autres pays, c’est la monnaie électronique qui est utilisée, ce qui n’est pas encore développé chez nous. Si nous sommes en crise de liquidités, il faut reconnaître que c’est vraiment inquiétant. J’ai eu la chance de faire le tour de deux ou trois banques ; ils m’ont dit que l’argent est bloqué. Et n’oubliez pas que les banques primaires ont leur compte à la Banque centrale. Si les banques primaires sont nos banques, la centrale est la leur. Donc, tu te rends là-bas et on te dit : “Nous avons notre compte à la Banque centrale, nous avons demandé deux milliards, mais nous n’en avons reçu qu’un seul. Ce montant sera réparti entre nos clients ayant un compte ici.” Et la source, c’est la Banque centrale qui alimente les banques primaires », a-t-il expliqué.
Pour lui, cette crise peut entraîner une énorme perte pour le pays en matière d’investissement.
« Cette crise n’est pas du tout favorable au pays. Elle tue complètement les entreprises. Et qui dit entreprise, dit investissement ; qui dit investissement, dit investisseurs. Et ces derniers peuvent venir de n’importe quel pays. Alors, si j’investis en Guinée et que mon investissement ne prend pas de valeur, je dirai que ce pays n’est pas favorable aux affaires. Si j’étais d’une autre nationalité, cela me découragerait. Cela dévalorise l’image du pays aux yeux du monde ».
Selon cet économiste, plusieurs solutions sont envisageables pour sortir de cette situation.
« Il faut restaurer la confiance entre les clients des banques privées et les établissements bancaires. Sans confiance, même s’il y a de la liquidité dans les comptes, ça ne sert à rien. Aujourd’hui, tu demandes cent millions à la banque, on te demande de patienter qu’un autre client vienne faire un versement devant toi pour que tu puisses retirer ton argent. Et parfois même, c’est à toi de compter, car ils n’ont pas eu le temps de le faire si tu es pressé.
Et surtout, l’erreur à ne pas commettre, c’est de produire plus de billets. Économiquement, cela s’appelle “faire tourner la planche à billets”, et c’est l’une des causes de l’inflation. Des personnes ordinaires comme vous et moi ne savons pas combien de billets de 1 000 ou 2 000 francs sont en circulation, mais la Banque centrale, elle, est censée le savoir, je parle ici du nombre de billets, pas du montant. Les billets ne sont pas comme des fruits que l’on consomme puis jette ; ils doivent circuler. Vous pouvez donc posséder la valeur d’une somme, sans nécessairement en détenir l’équivalent en billets. Les milliardaires ne possèdent pas forcément la somme, mais la valeur. C’est pourquoi ils sont appelés ainsi. Les autorités doivent faire attention, car trop de spéculations nuisent au pouvoir. », a-t-il conclu.
Cette crise survient à un moment où de nombreux chantiers sont en cours dans le pays et nécessitent d’importantes liquidités.
Sona Sylla pour avenirguinee.org



