À l’occasion de la Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme, célébrée chaque 13 juin, la rédaction d’avenirguinee est allée à la rencontre de personnes atteintes d’albinisme vivant de la mendicité dans les environs de l’hôpital Donka, à Conakry. Parmi elles, Ibrahima Sylla, jeune albinos et porte-parole de ce petit groupe « marginalisé », a accepté de livrer son histoire, entre espoir brisé et résilience quotidienne.
Ibrahima Sylla a dû abandonner l’école en classe de 9e année, malgré sa volonté de poursuivre ses études. « J’ai étudié jusqu’en 9e année, mais j’ai dû arrêter. Il n’y avait pas de moyens. J’ai eu un enfant quand j’étais en 8e année. Sa mère n’est pas albinos, et l’enfant non plus. Les parents de ma femme m’ont confié la garde de l’enfant, alors que je n’avais ni père ni mère avec moi. J’étais seul. Je ne pouvais plus subvenir à la fois à mes besoins et à ceux de mon enfant », dit-il.
C’est sur les conseils de sa grand-mère qu’Ibrahima commence alors à mendier dans les rues de Conakry, aux abords des hôpitaux, pour subvenir aux besoins de sa famille.
« Aujourd’hui, je suis marié. L’argent que je gagne ici, je l’envoie à ma famille. Ce n’est pas par choix que je fais ça. C’est une obligation », poursuit-il.
À travers son témoignage, Ibrahima révèle les difficultés quotidiennes auxquelles font face les personnes atteintes d’albinisme, particulièrement exposées aux dangers du soleil, à l’exclusion sociale et à la précarité.
« Il y a ici de nombreux enfants et adultes albinos qui mendient. On est exposés, sous le soleil, sans protection. On ne peut pas se permettre de louer un logement ou d’avoir un travail. Même les crèmes solaires, indispensables pour nous, sont devenues inaccessibles. Avant, l’État en distribuait chaque année, mais cela fait plus de deux ans que nous n’avons rien reçu. »
Ibrahima confie avoir tenté d’intégrer une formation militaire à Kaléah, sans succès. « J’ai fait la formation, mais je n’ai pas été retenu. Je suis donc revenu ici, dans la rue. »
En cette journée symbolique, Ibrahima Sylla interpelle directement les autorités guinéennes : « Je demande au gouvernement de nous aider à quitter la rue. Le soleil est un danger pour nous, les albinos. On tombe malades, il n’y a pas de prise en charge, pas de soutien. On veut travailler, vivre dignement, avoir une vraie chance. »
Le 13 juin ne devrait pas être qu’un rappel. Pour Ibrahima et tant d’autres, cette journée mondiale est surtout l’occasion de crier leur réalité, d’attirer l’attention sur une marginalisation invisible, et de réclamer un minimum de justice sociale.
Ibrahima Sory Camara – avenirguinee.org
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