Crise d’eau à Conakry. Dans certains quartiers de la commune de Matam, le manque d’eau potable ne se traduit pas seulement par des robinets à sec. Il façonne aussi le quotidien de nombreux jeunes, qui, faute d’emploi et face à la précarité, se tournent vers le transport et la vente de bidons d’eau pour subvenir à leurs besoins.
À Coleah, notamment dans le secteur Domino, cette activité est devenue une véritable économie parallèle. Dès l’aube, des dizaines de jeunes arpentent les rues avec des charrettes chargées de bidons de 20 litres, qu’ils vont remplir aux quelques forages ou robinets publics encore fonctionnels, souvent situés à plusieurs kilomètres de leur point de vente.
Rencontré ce dimanche 25 mai 2025, Mamoudou Djan Diallo, chef de zone des jeunes transporteurs d’eau à Coleah Domino, raconte une réalité que vivent beaucoup, mais que peu comprennent.
« Je fais ce travail depuis plus de trois ans. Je me suis marié grâce à ça, j’ai des enfants, et je construis une maison au village. Je m’occupe aussi de mes parents. C’est un métier difficile, mais c’est mieux que voler. Et nous sommes très nombreux à faire ça ici », confie-t-il.
Mamoudou, comme plusieurs autres jeunes, commence ses journées entre 4h et 5h du matin. Il se rend aux forages ou points d’eau disponibles, remplit ses 10 bidons de 20 litres, puis les revend entre 800 et 1000 Francs Guinéens l’unité. Une charrette peut contenir jusqu’à 10 bidons, et selon la disponibilité de l’eau, il effectue jusqu’à cinq voyages par jour.
« On achète 10 bidons à 1000 FG au forage et on revend chaque bidon à 1000 FG. Il y a un petit bénéfice, mais il faut marcher, tirer, supporter la fatigue… et l’insécurité. »
Le manque de points d’eau oblige parfois ces jeunes à parcourir plusieurs kilomètres à pied, jusqu’à Lansébounyi ou d’autres quartiers éloignés, pour s’approvisionner.
« Il y a des jours où on ne trouve pas d’eau ici à Coleah. On est obligés d’aller loin, très loin. Et on est exposés : on travaille tôt le matin, dans l’insécurité, avec des bandits qui nous suivent parfois. On fait tout à la force des bras. Quand on tombe malade, l’argent qu’on a gagné pendant des semaines part dans les soins. »
Outre la pénibilité physique, ces jeunes dénoncent aussi l’irresponsabilité de certains clients : « Il y a des femmes qui prennent l’eau mais ne paient pas. Elles promettent de payer plus tard et disparaissent. On n’a aucun recours. »
Ce phénomène, qui peut paraître informel, révèle une crise d’accès à l’eau potable dans les quartiers populaires de Conakry. Les métiers, les études…peuvent occuper les jeunes, mais l’eau devient pour eux une nécessité vitale… et un métier de survie.
Face à cette réalité, Mamoudou et ses camarades lancent un appel pressant aux autorités :
« Nous demandons à l’État de nous aider à avoir des forages ou des robinets publics à proximité. Ça va nous soulager, nous permettre de travailler dans de meilleures conditions, et surtout faciliter l’accès à l’eau pour tout le monde ».
Plusieurs citoyens interrogés ont salué le courage de ces jeunes qui tentent de mieux qu’ils peuvent à survivre et à trouver solution au calvaire lié à l’accès à l’eau dans ces quartiers populaires de Matam, l’une des plus grandes communes du pays.
Ibrahima Sory Camara – avenirguinee.org
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