Dans un rapport publié Vendredi 16 mai 2025, le comité de suivi des communautés impactées par le projet Simandou, dans la sous-préfecture de Madina Oula (Kindia), alerte sur de graves conséquences environnementales, agricoles et sociales liées à l’avancement des travaux.
Intitulé « Simandou à Kindia : entre pollution de l’air et restriction des terres agricoles », ce cinquième rapport couvre la période de décembre 2024 à février 2025 et dresse un tableau préoccupant.
Dans une dynamique d’accompagnement des populations, le comité indique avoir organisé six séances de sensibilisation dans le district de Sékhousoria, touchant 85 personnes, dont 54 femmes. L’objectif : informer les communautés sur le cadre légal du projet, les opportunités potentielles, mais aussi les risques réels en matière de perte de terres, d’insécurité alimentaire et de pollution.
Le rapport consulté par la rédaction d’avenirguinee.org, pointe du doigt les travaux menés par CRCC 16 et 18, sous-traitants du Winning Consortium Simandou (WCS), dans le cadre de la construction du chemin de fer. Ces travaux ont, selon le comité, engendré une dégradation significative des terres cultivables et une pollution de l’air par la poussière, notamment en saison sèche. Des cas de réduction de surfaces agricoles sans compensation ont été signalés, sans réponse concrète de l’entreprise malgré les plaintes formulées.
« Les champs deviennent stériles, les maisons se fissurent, la santé des habitants est fragilisée », a déclaré Amara Camara, coordinateur du comité de Kindia, lors de la présentation du rapport.
Parmi les principaux constats du comité :
- Lenteur et manque de transparence dans la gestion des plaintes communautaires.
- Négociations menées en marge du comité, poussant les habitants à signer des accords jugés non conformes à la loi.
- Non-implication des autorités locales dans le suivi des engagements de l’entreprise.
- Une forte mobilisation des femmes dans les actions de plaidoyer.
- Des pertes de revenus agricoles menaçant la sécurité alimentaire des familles.
Interrogée, M’Balia Bangoura, habitante du district de Tamisso, témoigne avec émotion : « Le marigot qui nous servait d’eau est devenu inutilisable. La route, que nous avions d’abord accueillie avec joie, est devenue source de poussière, d’accidents et de destructions de nos champs. Même l’arachide, nous ne pouvons plus la cultiver. Nous souffrons, et cela ne peut plus durer. »
Le comité déplore dans son rapport des fissures dans plus de 100 habitations, causées par les vibrations des machines lourdes et dynamitages. Malgré la distribution de 500 sacs de ciment par CRCC 18, les réparations restent jugées insuffisantes et mal réparties. À cela s’ajoute une hausse de problèmes respiratoires, d’irritations oculaires et de crises d’asthme signalée dans les localités exposées à la poussière.
Le rapport formule plusieurs recommandations :
À l’endroit du Winning Consortium Simandou (WCS) :
- Traiter les plaintes avec transparence et diligence.
- Restaurer les moyens de subsistance détruits.
- Renforcer la communication avec les communautés.
- Évaluer la satisfaction des plaignants et former les agents aux bonnes pratiques communautaires.
Aux autorités locales :
- Soutenir activement le comité dans la résolution des plaintes.
- Veiller au respect du Plan de Gestion Environnementale et Sociale (PGES).
- Défendre les intérêts des populations locales sans subir l’influence du pouvoir central.
Aux ONG :
- Continuer à informer et former les communautés sur leurs droits.
- Plaider à l’échelle nationale pour une prise en compte effective des doléances communautaires.
- Comprendre les mécanismes internes de gestion des plaintes mis en place par WCS.
Pour le comité de suivi, ce rapport constitue un appel à la responsabilité partagée entre entreprises, autorités et partenaires techniques. Le projet Simandou, souvent perçu comme une opportunité pour l’économie guinéenne, ne doit pas se faire au détriment des droits fondamentaux des communautés locales.
« L’impact est plus profond que les bénéfices attendus. Le bonheur promis est devenu source d’inquiétude », a laissé entendre M’Balia Bangoura.

Mohamed Cissé pour avenirguinee.org



