Le gouvernorat de la ville de Conakry, a lancé ce jeudi dans la commune de Matam, une opération d’échange de déchets plastiques contre du riz. Concrètement, un sac de déchets plastiques collectés est échangé contre 5 kilogrammes de riz.
Cette initiative, annoncée la veille dans un communiqué officiel, suscite déjà des réactions diverses. Parmi les voix critiques figure celle du président de l’Union des Démocrates pour la Renaissance de la Guinée (UDRG), Dr Edouard Zotomou Kpoghomou, que nous avons interrogé ce jeudi 15 mai 2025.
Pour l’homme politique, cette opération n’est ni pérenne, ni respectueuse de la dignité des citoyens : « Je crois que cette méthode ne peut pas perdurer. À mon avis, il aurait été plus judicieux d’inciter les gens à créer de petites entreprises, même au niveau des quartiers ou des communes, pour faire ce travail contre rémunération… Moi, je ne trouve pas cette mesure bonne, dans la mesure où elle ne peut pas être imposée ni amener les gens à la respecter. D’ailleurs, c’est un peu insulter la dignité des gens. Venir ramasser des déchets pour qu’on te donne du riz… Qui a dit que c’est du riz dont ils ont besoin ? Ils peuvent avoir besoin d’autre chose. Donnez-leur plutôt la liberté d’acheter ce qu’ils veulent. Cette mesure suppose qu’on sait mieux qu’eux ce dont ils ont besoin. C’est donc une approche maladroite. »
Il poursuit en estimant que la solution devrait permettre aux citoyens d’avoir un revenu, plutôt que de leur offrir un sac de riz en contrepartie de leurs efforts : « Partout où vous rémunérez les gens, vous les incitez sans les infantiliser. Leur donner la possibilité de gagner de l’argent et d’acheter le riz qu’ils veulent, voilà la bonne formule. Ce n’est pas au gouvernorat de leur imposer ce qu’ils doivent recevoir. Et puis, qui dit qu’ils ont besoin de riz ? Peut-être qu’ils ont besoin d’autre chose. C’est une mesure qui manque de respect à leur liberté de choix. »
Dr Kpoghomou a également rappelé que la gestion des déchets et la salubrité devraient être une responsabilité collective fondée sur des valeurs civiques, et non un système d’échange :
« Depuis un moment, le CNRD a lancé des journées de salubrité citoyenne une fois par mois. C’est une bonne initiative, car la propreté est une valeur qu’il faut inculquer, non monnayer. Si cette méthode d’échange ne fonctionne pas, c’est qu’elle n’est pas adaptée. Il faut plutôt recruter et équiper des jeunes à travers des compagnies spécialisées. »
À noter que depuis septembre 2024, un décret interdit la production, la vente et la consommation de plastiques à usage unique en Guinée. Cependant, comme le souligne Dr Kpoghomou, l’application de ce texte reste floue : « On ne sait même plus où est passé ce décret… »
Sona Sylla Pour avenirguinee.org



