L’opération initiée par le gouvernorat de Conakry, consistant à échanger des déchets plastiques contre du riz, ne prétend ni résoudre tous les problèmes de salubrité, ni instaurer un modèle économique permanent. C’est une mesure d’urgence, pragmatique et incitative, dans un contexte où les enjeux environnementaux et sociaux exigent des réponses concrètes et visibles.
Il est réducteur de considérer qu’un sac de riz offert en échange d’un effort citoyen constitue une « insulte à la dignité ». C’est plutôt une marque de considération, qui lie de manière intelligente deux réalités : la nécessité de nettoyer nos quartiers et le besoin d’apporter une aide alimentaire directe à certaines populations. Ce n’est pas infantiliser, c’est valoriser un geste civique par un encouragement tangible, dans un pays où les défis socioéconomiques sont criants.
Contrairement à ce qu’affirme Dr Kpoghomou, cette démarche n’exclut nullement la liberté de choix, elle crée une opportunité pour ceux qui veulent y participer. Il ne s’agit pas d’un programme imposé, mais d’une initiative ouverte, complémentaire aux autres efforts structurels, comme les journées de salubrité ou les projets de PME environnementales.
Le gouvernorat aurait pu ne rien faire, comme cela a été le cas trop souvent par le passé. Or ici, il agit. Et surtout, il innove. Le changement de mentalités passe aussi par des gestes symboliques et motivants. Demander à des jeunes de ramasser des déchets gratuitement au nom du civisme est louable, mais peu réaliste dans une société confrontée au chômage et à la précarité. Il est donc plus efficace d’introduire des formes d’incitation à l’action collective, en attendant des solutions plus durables.
Enfin, cette opération n’empêche pas le développement de véritables chaînes de valorisation des déchets ni la création de micro-entreprises. Au contraire, elle peut être un déclencheur de conscience environnementale et d’engagement communautaire, dans un pays où les actions concrètes valent souvent mieux que les discours abstraits.
Badra Koné, président de la Délégation spéciale de Matam



