Dans un décret lu mardi dernier à la télévision nationale, le président de la République a annoncé une nouvelle importante : le référendum pour l’adoption de la nouvelle constitution aura lieu en septembre prochain. Qu’en pense Dr Edouard Zotomou Kpoghomou, un leader politique guinéen ?
À travers une interview accordée à notre rédaction ce mercredi 02 avril 2025, le leader du parti de l’Union Démocratique pour le Renouveau et le Progrès (UDRP), Dr Edouard Zotomou Kpoghomou, a donné son analyse sur cette date qu’il considère comme problématique.
« Le décret fixant le référendum en septembre prochain n’est qu’une promesse parmi tant d’autres. Ce n’est pas la première fois que des engagements sont pris durant cette transition et qu’ils ne sont pas réalisés. Nous pensons également que la promesse de tenir toutes les élections en 2025 est déjà annulée. En effet, le référendum était censé avoir lieu dans le premier trimestre de l’année 2025. À la fin du premier trimestre, rien n’avait été fait dans ce sens. Nous ne voyons pas comment, dans cinq mois, un référendum pourrait avoir lieu. Il faut d’abord un fichier électoral, et pour cela, un recensement crédible doit être effectué. Or, le PN-RAVEC, qui était chargé du recensement, a été suspendu par manque de ressources. Il est donc impossible de réaliser un autre recensement dans ce délai, d’autant plus que d’autres éléments fondamentaux ne sont pas prêts, comme le projet de constitution qui n’a pas encore été révisé par les experts. En dehors de cela, il faut aussi que l’organisme de gestion des élections soit indépendant pour garantir la transparence du processus », a-t-il déclaré.
Concernant la date du 21 septembre, Dr Edouard estime qu’elle ne sera pas tenable.
« Non, la date du 21 septembre 2025 ne sera pas tenable. Pour que cette date soit respectée, de nombreuses conditions doivent être remplies : le fichier électoral, un organe de gestion des élections, les ressources nécessaires pour organiser ce référendum, et surtout, la constitution sur laquelle les citoyens doivent voter. En plus, il y a eu trop de promesses non tenues, et rien ne prouve que, d’ici septembre, toutes ces conditions seront remplies. Le fichier électoral n’existe même pas, et au lieu de recommencer à zéro, nous pourrions mettre à jour celui de 2020, qui a été validé par l’OIF et la CEDEAO », a-t-il ajouté.
L’homme politique a également fait des propositions pour améliorer la situation.
« Nous avons déjà alerté le CNRD dès le départ. Au lieu de chercher à réinventer la roue avec un nouveau recensement, pourquoi ne pas mettre à jour le fichier électoral de 2020 ? Ce fichier avait été validé par l’OIF et la CEDEAO, et il a été accepté par tous les partis politiques. C’est une solution simple et efficace. De plus, pour garantir la transparence du processus, il faut créer un organe indépendant pour gérer les élections. Organiser des élections avec un système qui ne garantit pas la transparence et la confiance du peuple ne sert à rien. Nous devons également associer les formations politiques dans ce processus », a-t-il suggéré.
Plus loin, il a aussi exprimé ses inquiétudes concernant la gestion des élections.
« Actuellement, nous sommes dans une situation où le processus électoral est manipulé par le pouvoir en place. Si un président est élu avant que les autres élections ne se tiennent, il est évident que ce président influencera l’ensemble du processus électoral. Cela pourrait mener à une forme de dictature, où l’Assemblée nationale obéira au président élu, créant ainsi un déséquilibre total. La junte doit respecter la charte de la transition et s’assurer que les élections se déroulent de manière transparente et équitable. Le général ne devrait pas se présenter aux élections, comme il l’a promis », a-t-il conclu.
Sona Sylla, pour avenirguinee.org



