L’arrivée au pouvoir de l’actuel président des États-Unis, Donald Trump, a marqué un tournant dans la politique étrangère américaine, suscitant de nombreux débats à l’échelle mondiale. En tant que nationaliste, le républicain a pris plusieurs décisions stratégiques visant à « remettre l’Amérique aux Américains ». Parmi ces décisions figure la réduction ou la suppression de l’aide destinée à de nombreux pays dans le monde. Mais quelles seront les répercussions sur les pays africains, dont une grande partie de l’aide provient des États-Unis, via des organisations comme l’USAID ? Et comment les dirigeants africains doivent-ils réagir face à ce changement ? Nous avons posé ces questions à Sayon Mara, juriste de formation et conseiller au Conseil National de la Transition (CNT), l’organe législatif de la transition en Guinée.
D’entrée, Sayon Mara reconnaît que la politique du président Trump aura indéniablement des répercussions sur le continent africain. Selon lui, la décision de suspendre les aides américaines, comme c’est le cas avec l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), aura des conséquences graves sur les projets financés par cette agence. « Lorsqu’on parle de la suspension de l’USAID, il s’agit de millions de dollars et de nombreux emplois en jeu. Il est donc évident que cette politique aura des conséquences négatives sur les projets qui dépendent de cette aide », affirme-t-il.
Cependant, le conseiller au CNT tempère son analyse en soulignant que, bien que cette politique soit un défi, elle pourrait aussi représenter une occasion pour l’Afrique de se réinventer. « Il faut comprendre que le président américain adopte une politique visant à mettre les intérêts des États-Unis au-dessus de tout, ce que je trouve normal. Il défend les intérêts de sa population, et chaque dirigeant doit faire de même. Plutôt que de se lamenter, l’Afrique doit comprendre qu’elle ne peut et ne doit compter que sur elle-même », ajoute Sayon Mara.
En parallèle, le conseiller a évoqué la question cruciale des réparations liées à la colonisation. Lors du 38e sommet de l’Union africaine, la question des réparations a été mise en avant. Sayon Mara estime que l’Afrique doit impérativement réclamer des réparations pour les injustices historiques, notamment celles causées par la colonisation européenne. Cependant, il estime que cette revendication ne doit pas se limiter à l’Europe, mais doit également inclure le monde arabe, pour la période de l’esclavage arabo-musulman, souvent négligée dans les discussions sur l’esclavage en Afrique.
« Il est légitime que l’Union africaine place la question des réparations au centre de ses préoccupations lors de ce sommet. Mais il est également important d’élargir cette demande à l’ensemble du monde arabe, car l’esclavage pratiqué par les Arabes fut aussi, voire plus, brutal que celui des Européens », déclare-t-il. Il met en avant le fait que, si l’Union européenne a longtemps été responsable des colonisations, les pays du monde arabe ont également joué un rôle majeur dans l’esclavage transsaharien.
Mais, selon Sayon Mara, l’Afrique se trouve dans une position délicate en raison de sa dépendance financière vis-à-vis de l’Union européenne. « La difficulté réside dans le fait que l’Union africaine dépend en grande partie de l’Union européenne pour son financement, et il n’est pas facile de demander des réparations à ceux qui vous soutiennent financièrement. Néanmoins, il est essentiel de maintenir cette pression », souligne-t-il.
En plus des réparations financières, Sayon Mara insiste sur la nécessité pour l’Afrique d’exiger la restitution des artefacts culturels pillés durant la période coloniale et conservés dans les musées européens et arabes. Il cite l’exemple de l’Allemagne qui a versé des réparations à la France, à la Belgique, au Royaume-Uni et à d’autres pays européens. « Pourquoi les pays européens ne pourraient-ils pas faire de même pour les pays africains ? L’Afrique doit se battre pour que cette injustice soit corrigée », conclut-il.
Mohamed Cissé pour avenirguinee.org



