Pour comprendre la situation actuelle, il est nécessaire d’examiner l’histoire politique de la Guinée en analysant chaque régime afin de répondre efficacement à la question initiale.
La Guinée a accédé à l’indépendance en 1958 dans un contexte particulier. Le « non » à la puissance colonisatrice a placé la nouvelle république dans une situation délicate. La France, cherchant à tout prix à entacher la souveraineté guinéenne, a utilisé divers moyens pour entraver l’élan de la Guinée indépendante. Cette réplique française a produit des effets endogènes et exogènes sur la politique intérieure et extérieure de la Guinée. Cet aspect a considérablement affecté les premiers dirigeants dans leur volonté d’asseoir les bases d’une société juste et équitable, au sein de laquelle toute la couche sociale serait impliquée. Il faut aussi souligner le refus parfois catégorique de la France d’admettre la Guinée dans les institutions internationales, dont l’exemple le plus marquant est celui de l’ONU. N’eût été l’apport des États-Unis et le soutien de certains pays africains et autres, elle aurait été isolée pendant longtemps.
Par ailleurs, l’excès d’autorité a fortement failli à la nouvelle autorité, restée dans la folie révolutionnaire et l’effervescence de l’euphorie indépendantiste. Il y avait plus de discours attractifs que d’actions concrètes susceptibles de réaliser les objectifs préalablement énoncés. Néanmoins, il faut souligner que plusieurs jalons ont été posés par la première république. Le régime d’Ahmed Sékou Touré a connu de véritables mutations internes et externes, entre le socialisme et le non-alignement, avec des complots internes et externes, qu’ils soient justifiés ou non, déjoués. Cela n’a pas laissé beaucoup de place à des manœuvres progressistes. D’un point de vue analytique, de manière objective, la première république a relevé d’énormes défis : la sauvegarde de la souveraineté, la mise en place des premières institutions républicaines et l’implantation de quelques unités industrielles, malgré l’inexpérience.
À la mort d’Ahmed Sékou Touré, les militaires ont pris le pouvoir dans une atmosphère de chaos, promettant un nouveau système de gestion de la chose publique. Ainsi, ils ont établi le libéralisme économique en balayant d’un revers de main tous les acquis du premier régime. Sous le CMRN, dirigé par le Général Lansana Conté, la Guinée a amorcé une nouvelle page de son histoire politique avec la création du multipartisme. Cependant, sous ce régime militaire, les germes de la division ont rapidement émergé. Socialement, le tissu social a été déchiré et l’économie a été ébranlée. Ce qu’il faut retenir de ce régime, c’est qu’il a créé l’ouverture politique et un jeu démocratique autrefois inexistant.
En 2008, sous le choc de la mort du Général Lansana Conté, les militaires ont repris le pouvoir avec le CNDD, dirigé par le Capitaine Moussa Dadis. Un nouveau souffle d’espoir s’est emparé de la masse populaire avec des discours révolutionnaires. Malheureusement, les choses ont rapidement dégénéré, provoquant une crise politique majeure, aussi bien au sommet de l’État qu’en dehors. Ce régime a été de courte durée, marqué par les événements du 28 septembre et la tentative d’assassinat contre le Capitaine Moussa Dadis. Suite à ces événements successifs, le Général Sékouba Konaté, alors vice-président du CNDD, a pris le pouvoir en raison de l’incapacité du président à exercer ses fonctions, organisant des élections qui ont abouti à l’élection du Professeur Alpha Condé.
Réclamé pendant le régime de Lansana Conté comme l’homme providentiel, l’avènement du Professeur Alpha Condé au pouvoir a été controversé. L’entente était grande, et presque tous les Guinéens croyaient en ses capacités de sortir le pays de l’ornière. Mais, à la grande surprise des Guinéens, le système a eu raison de lui. Englouti par le système et dominé par une quête politique sans fin, son régime a failli. La garantie qu’il offrait à notre jeune démocratie de prospérer s’est éteinte à l’annonce de son troisième mandat. Au lendemain de cette élection controversée, notamment le matin du 5 septembre 2021, il a été évincé de son fauteuil par les forces spéciales dirigées par le Général Mamadi Doumbouya.
À la question de savoir à qui la faute incombe, il convient de s’interroger à la fois sur l’élite guinéenne et sur la responsabilité du peuple dans ce retard manifeste. En ce qui concerne l’élite, dans une large mesure, elle a raté sa vocation. Elle s’est constituée pour défendre ses intérêts personnels plutôt que collectifs. Se servir plutôt que servir, c’est ce qui caractérise l’élite qui devrait servir sa nation. Cela a mis en déroute le progrès guinéen. La sphère administrative guinéenne est restée dans un éternel recommencement, toujours au service du pouvoir en place. Chaque régime vient avec ses ambitions illusoires, mais finit toujours par les trahir.
Quant au peuple, son silence face aux manquements des autorités étatiques a permis le laisser-faire dans la gestion des affaires publiques. Chaque régime a ainsi joué de lui.
Par Laye Mamoudou Camara, diplômé en Sciences politiques de l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, Conakry.
Tel : 224 628 87 26 72
![Comment en est-on arrivé là, et surtout à qui la faute ? [ Par Laye Mamoudou Camara ]](https://www.avenirguinee.org/wp-content/uploads/2025/03/20250307_080916-750x375.jpg)


