Depuis des générations, la calebasse occupe une place prépondérante dans la vie quotidienne des Guinéens, des cérémonies de mariage aux funérailles en passant par les baptêmes. Cependant, avec l’avènement de la mondialisation et l’émergence de nouveaux objets comme les glacières, l’utilisation de la calebasse semble se raréfier.
Ce mardi 21 janvier 2025, notre rédaction a rencontré Josephine Leno, une vendeuse de calebasses, qui a partagé avec nous son point de vue sur l’importance de cet objet traditionnel dans la société guinéenne.
Dans son interview, Josephine Leno a retracé l’histoire de la calebasse et son rôle central dans les coutumes et les pratiques quotidiennes des Guinéens : « Dans la tradition, la calebasse a beaucoup d’importance. Depuis nos ancêtres, ils utilisaient la calebasse pour tout : transporter de l’eau, préparer le riz et le fonio, et même pour manger. Aujourd’hui encore, certains continuent de manger dans la calebasse. » Elle souligne également son rôle dans les cérémonies de mariage où la calebasse est utilisée pour présenter des colas, souvent accompagnée de la couverture typique qui fait partie intégrante de cette tradition.
« Dans le mariage, la calebasse est indispensable. Si ce n’est pas avec la calebasse, cela n’est pas un vrai mariage », explique Josephine. Selon elle, la calebasse symbolise aussi l’accueil des invités, avec des noix de cola et du riz, une pratique traditionnelle pour souhaiter la bienvenue.
La calebasse a également un rôle dans les moments plus sombres de la vie, notamment lors des funérailles. « Dans les décès, on l’utilise pour laver le cadavre et même pour laver la veuve », précise Josephine, ajoutant que la calebasse permet de conserver les aliments, comme le riz, sans qu’ils ne pourrissent, contrairement aux réfrigérateurs modernes.
Bien que la mondialisation ait introduit de nouveaux objets et pratiques, Josephine affirme que la calebasse reste un incontournable pour de nombreuses familles. « Certaines personnes utilisent encore la calebasse comme élément de décoration lors des réceptions et cérémonies, y compris les baptêmes », indique-t-elle. Vendeuse de calebasses depuis plus de 15 ans, Josephine poursuit son activité malgré la baisse du nombre de clients. Toutefois, la demande est toujours présente pour les mariages et les funérailles.
Les calebasses sont importées de régions comme Dabola et Siguiri, et les prix varient selon la taille de l’objet. « Une petite calebasse coûte environ 10 000 francs guinéens, tandis que les grandes peuvent atteindre 40 000 à 50 000 francs », précise-t-elle.
Ibrahima Yansané, un sage de la région, a exprimé ses regrets quant à la perte de cette tradition parmi les jeunes générations. « Aujourd’hui, la plupart des jeunes ne connaissent pas l’importance de la calebasse. À notre époque, c’est avec la calebasse qu’on allait puiser de l’eau au marigot, et même aujourd’hui, lors des cérémonies, on parle toujours de la calebasse, jamais de la glacière », a-t-il expliqué.
Ibrahima a lancé un appel à la préservation de ce savoir ancestral : « Les jeunes d’aujourd’hui ne connaissent plus la valeur de la calebasse, sauf peut-être lors des mariages. Il est crucial de leur transmettre cet héritage pour qu’ils ne l’oublient pas. » Il a également exprimé son regret face à la montée des objets modernes, qu’il considère comme dépourvus de la même valeur symbolique. « Les glacières n’ont aucun respect pour l’homme, elles ne portent aucune valeur spirituelle », a-t-il conclu.
La calebasse, qui a longtemps été un symbole de la culture guinéenne, semble aujourd’hui en déclin face à la modernisation. Pourtant, pour les femmes comme Josephine Leno et les sages comme Ibrahima Yansané, elle reste un objet d’une importance capitale, tant pour son utilité quotidienne que pour sa valeur symbolique dans les cérémonies traditionnelles. Il est essentiel de préserver et de transmettre cette tradition aux générations futures pour qu’elles ne perdent pas le lien avec leur histoire et leur identité culturelle.
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
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