Comme annoncé dans notre précédent article, les autorités ont démantelé ce lundi 22 décembre des zones de débauche et des chambres de passage au marché Kirotti, dans la commune de Lambayi. Cet endroit, connu pour regrouper la vente et la consommation d’alcool, des chambres de passage, des boîtes de nuit et des logements, a finalement été démoli par les machines.
Les occupants de ces lieux accusent l’administrateur général du marché, qu’ils tiennent pour responsable de la situation.
Mariame Oury Sow raconte : « Ici, c’est l’administrateur général du marché, qu’on appelle ‘Trois Pièces’, qui est le problème. C’est lui qui a logé tout le monde ici. Quand tu viens, il te demande de payer un montant, puis il te donne un logement. Il a même une chambre de passage où le passage coûte 35 000 GNF de l’heure, comme un hôtel. C’est lui qui récupère tout le revenu ici à la fin du mois. Il y a plus de 700 magasins ici, et chaque magasin paye 35 000 GNF. Les chambres, c’est 200 000 GNF par mois, y compris le courant. Mais malgré tout, si tu veux ouvrir ta boutique ou ta chambre, il te faut 500 000 GNF, voire un million. »
Très en colère contre l’administrateur, Kamissa Touré, une autre victime, charge également ce dernier : « Je suis ici depuis plus de 10 ans. L’autre fois, nous avons reçu un préavis, mais l’administrateur est venu nous dire que le déguerpissement n’aurait pas lieu. Nous avons payé, et aujourd’hui, ils sont venus nous dire de quitter. Moi, je paie 35 000 GNF par mois pour le magasin, 30 000 GNF pour le courant. Quand tu te disputes avec quelqu’un, tu dois payer 500 000 GNF ou un million, sinon ta porte reste fermée. Il n’y a ni eau ni douche. On fait tout dans des pots, et quand tu jettes l’eau, tu dois payer 1 500 GNF. C’est ce que nous vivons ici. Pourtant, quand tu viens loger, on te dit que tout est en place, mais une fois sur place, tu réalises qu’il n’y a rien. Trois Pièces et son clan sont responsables de tout ça. C’est pourquoi nous demandons au gouvernement de nous accorder du temps, jusqu’après le mois de Ramadan, pour trouver une autre maison. »
Fatoumata Diallo, qui vit également dans cet endroit, déclare : « Je suis ici depuis trois ans. Je suis vendeuse au marché de Matoto. Je sors à 4h et je rentre à 20h. Je paie 35 000 GNF comme impôt à ‘Trois Pièces’, et je paie le loyer à 250 000 GNF, y compris le courant, que je règle à 30 000 GNF chaque fin du mois. Si le 1er du mois passe, l’administrateur ferme la maison, et pour la rouvrir, il te faut payer 500 000 GNF. Il n’y a ni eau, ni toilettes. Et aujourd’hui, on nous fait sortir sans préavis. Ils disent que nous sommes des délinquants, alors que ce n’est pas le cas. En tout cas, si un préavis a été donné, je n’en ai pas été informée. On m’a appelée pour me dire qu’ils étaient en train de démolir nos maisons. Je suis venue immédiatement. Je demande aux autorités de nous aider à obtenir des logements sociaux, car nous souffrons énormément. »
Les autorités ont annoncé que cette opération de déguerpissement se poursuivra dans d’autres zones de débauche.
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
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