Coyah, 26 octobre 2024 – Ce samedi, dans les rues animées de Coyah, Abdoul Nabé, 88 ans et six mois, portait avec fierté une grande quantité de lance-pierres, symbole d’une vie dédiée à cette activité singulière. Cet homme remarquable, père de seize enfants dont dix encore en vie, perpétue la tradition de la vente de lance-pierres, un métier qu’il exerce depuis son enfance sous le régime de Sékou Touré.
Malgré son âge avancé, Abdoul Nabé ne connaît ni la tension artérielle ni le diabète, des maux fréquents à son âge. La marche quotidienne pour écouler ses produits, du centre de Coyah jusqu’à Lansanayah et Cimenterie, semble être le secret de sa bonne santé. « Ces marches que je fais tous les jours m’évitent de tomber malade. Je quitte Coyah pour Lansanayah et Cimenterie et cela m’aide à rester en forme », confie-t-il avec un sourire, démontrant la vigueur qui l’anime.
Rencontré au coin d’une rue de Coyah, le vieux Nabé raconte comment la vente de lance-pierres a été sa seule source de revenu depuis l’époque coloniale. « Je n’ai jamais fait autre chose dans ma vie. Ce métier m’a permis de construire des maisons, d’épouser trois femmes et de subvenir aux besoins de ma famille. Aujourd’hui, j’en suis fier et je ne l’abandonnerai jamais, sauf à ma mort. »
Au fil des décennies, le lance-pierre a prouvé sa polyvalence. Selon Abdoul Nabé, cet outil peut servir à se protéger des voleurs, éloigner les chats indésirables, et surtout à chasser les oiseaux et autres petits animaux pour la consommation. « Ses avantages sont nombreux, c’est pourquoi je continue de le fabriquer et de le vendre », explique-t-il.
Le processus de fabrication de ses lance-pierres, transmis de génération en génération, témoigne d’un savoir-faire artisanal : il part chercher du bois dans la brousse et achète le caoutchouc à 200 000 francs guinéens à Kankan, puis les revend entre 5 000 et 10 000 francs. « Parfois, je vends beaucoup en une journée, parfois moins, mais c’est ainsi que va la vie », dit-il simplement.
Pour le vieux Nabé, le lance-pierre est plus qu’un outil, c’est un lien avec l’histoire guinéenne. « J’invite la nouvelle génération à ne jamais oublier notre passé. Certains achètent mes lance-pierres non pour leur utilité, mais pour rappeler à leurs enfants la vie de l’époque. »

Avec humilité et détermination, Abdoul Nabé continue de tracer sa voie, inspirant les jeunes et honorant les traditions d’antan, ancrées dans la mémoire de la Guinée.
Ibrahima Sory Camara, depuis Coyah pour avenirguinee.org
621269981



