Les 4 et 5 octobre 2024, une centaine de délégations d’États et de gouvernements se sont retrouvées au XIXème sommet de la Francophonie, qui s’est tenu à Villerts et à Paris, en France, autour du thème : « Créer, Innover, Entreprendre, en français »
Dans une interview exclusive accordée à notre rédaction ce lundi 7 octobre 2024, le sociologue consultant, Professeur Djiguiba Kolako Traoré, a livré son analyse globale sur cette rencontre des dirigeants des pays francophones.
Selon lui : « Le thème même de cette rencontre en dit long. Ils ont parlé de “Créer, Innover, Entreprendre”. Cela signifie que des leçons sont en train d’être tirées au sein de la Francophonie quant à la manière dont cette structure fonctionne. Et vous n’êtes pas sans savoir que, ces dernières années, plusieurs pays ont envisagé de quitter cette organisation. Je pense notamment au Rwanda, qui appartient à deux structures : la Francophonie et une autre organisation regroupant les pays de l’espace anglophone. Aujourd’hui, nous voyons bien l’apport de la Francophonie aux pays membres. Mais il y a des questionnements à se poser par rapport aux résultats attendus par les peuples. Il ne faut pas perdre de vue que la majorité des utilisateurs du français se trouve en Afrique. Cependant, quand on regarde les pays dits francophones, quelle est leur place aujourd’hui en termes de développement et d’influence socio-économique ? », s’interroge-t-il.
Interrogé sur l’impact du thème sur le développement des pays francophones, le professeur a expliqué : « Peut-être que les dirigeants commencent à y penser maintenant. Il est essentiel de repenser la place de la langue française. Si on fait un retour en arrière, on voit que c’est une langue gréco-latine, née du grec et du latin, avec des règles grammaticales complexes. À cause de cela, beaucoup de gens préfèrent aujourd’hui migrer vers l’anglais. Je pense que ce qui est important pour les responsables de cette institution, c’est de simplifier la langue, de créer des créneaux qui permettent à un grand nombre de personnes d’accéder à la science en français. C’est crucial. »
Il a également abordé la question du positionnement politique de la Francophonie : « Il faudrait que la France change sa manière de faire. On voit par exemple des pays comme le Togo qui ont déjà entamé des démarches pour rejoindre l’organisation des pays anglophones. Je pense que le thème choisi pour ce sommet est évocateur et doit encourager les dirigeants et les intellectuels de la Francophonie à renouveler et revoir en profondeur la structure pour mieux s’adapter aux réalités actuelles. »
Le professeur Traoré a par ailleurs fait un constat inquiétant : « Le constat est alarmant. Il n’est pas rare de voir un haut cadre français s’exprimer en anglais dans des pays anglophones, même le président français Emmanuel Macron le fait régulièrement. Cela montre bien que l’anglais est devenu la langue de référence. Dans les pays du tiers-monde, on assiste de plus en plus à une migration vers l’anglais, car cette langue offre plus d’opportunités d’emploi et une meilleure compréhension au niveau mondial. Aujourd’hui, on peut dire que le français est presque limité à la Guinée. Dès qu’on prend l’avion, c’est l’anglais qui domine. Dans les 20 prochaines années, la Francophonie pourrait n’être qu’un simple nom sans réelle influence. »
Ce diagnostic est sans appel et pose la question de l’avenir de la Francophonie face à l’essor de l’anglais, qui semble de plus en plus s’imposer comme la langue dominante.
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
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