De l’avis de plusieurs observateurs à distance, la République de Guinée a su pour le moment, maintenir l’harmonie et la cohabitation pacifique entre les différentes confessions religieuses qui y sont pratiquées. Sauf qu’avec la montée de la radicalisation et de l’extrémisme violent dans les régions de la haute et de la moyenne Guinée, les considérations religieuses poussent des familles ou groupe d’individus à remettre en cause le droit de pratiquer en toute liberté la religion de son choix.
En Guinée, la majorité de la population est musulmane dans toutes les régions du pays avec 89,1 % contre 6,8 % de la communauté chrétienne 6,8 %. Ces religions sont fortement influencées par des croyances traditionnelles qui représentent d’ailleurs 1,6% d’animistes et 2,4% de sans religion. Bien que protégées par la constitution qui consacre le droit de culte, certaines pratiques et considérations persistent et développent par endroit des mépris, notamment contre les non musulmans.
En région de la haute et de la moyenne Guinée, le respect des préceptes musulman caractérise le fonctionnement de la société et impact profondément la vie des communautés et des familles. Dans ces zones, l’islam y est tellement ancré qu’il est impensable de se convertir à une autre religion au risque de se heurter à de fortes pressions sociales, de rejets, voir même se faire tuer par sa propre communauté. Il en est de même pour les femmes musulmanes qui se font épouser par des hommes d’autres religions contre la volonté de leurs familles. Ces femmes ainsi que leur famille se verront aussitôt stigmatisées par les communautés et parfois exclues de toute action sociale ou de soutien.
Selon, Aminata Sylla, femme leaders de la société civile, et spécialiste des questions de genre,il y a des exigences imposées au nom de l’islam qui poussent souvent les jeunes à fuir leur famille où à changer même de nom. Elle a en outre indiqué que ces pratiques sont souvent monnaie courante principalement à Dinguiraye, Labé et une partie de la préfecture de Kindia. Car dans la perception des familles et des communautés, une fois qu’on est né de père musulman, on le demeure à jamais. Et changer cela pour le christianisme équivaut à la mort et au bannissement de sa communauté. « Nous avons eu des cas où les victimes sont souvent obligées de quitter le pays pour éviter d’être tué. Il y a également le cas des femmes qui épousent des chrétien, mais qui sont obligées de s’éloigner de leur communauté. Il est temps que les autorités prêtent attention à ces pratiques qui constituent à mon sens, des risque de conflits, car le même cas existe aussi au niveau des chrétiens radicaux », a-t-elle expliqué en substance.
En outre, comme dans plusieurs autres pays africains, on assiste en Guinée à une prolifération de certains groupes musulmans très radicaux et intolérants envers d’autres confessions, y compris les confessions chrétiennes. Cependant, le gouvernement guinéen s’oppose à ces groupes. La constitution guinéenne garantit la liberté de culte et le gouvernement respecte généralement ce droit dans les faits à tous les niveaux, bien qu’il reste pour le moment impuissant face à ces pratiques. Cette situation a tendance à prendre de l’ampleur dans certaines familles musulmanes qui développent de plus en plus des comportements radicaux vis-à-vis des autres religions. C’est d’ailleurs le cas à Dinguiraye, qualifiée de ville sainte fondée par El Hadj Omar Tall, où la Communauté Chrétienne tente depuis 2016 de construire une église mais sans y arriver.
Pour cet autre intervenant de la société civile qui a requis l’anonymat, le conflit inter-religieux n’est pas ouvert, mais il existe bien des pratiques et comportements qui nécessitent qu’on prenne des dispositions idoines avant que cela ne tourne au vinaigre. « A travers une étude qu’on a réalisée en 2017 sur la radicalisation et l’extrémisme violent, on a constaté qu’il y a des familles qui séquestrent leurs enfants. Par ce que tout simplement il a décidé d’épouser un non musulman ou changer de religion. De telles pratiques existent beaucoup dans le pays, mais les victimes, par peur d’être banni de leurs communautés, préfèrent garder silence plutôt que de dénoncer», a-t-il déclaré soulignant que la banalisation de ces pratiques constitue un risque élevé de conflit et une offense au droit de culte, donc aux droits de l’homme.
Dans son rapport de 2004, l’International Religious Freedom avait souligné que les rapports entre les religions étaient plutôt « amicaux » mais que « dans certaines régions, il y avait une forte pression sociale qui décourageait les non-musulmans de pratiquer ouvertement leur religion ». De plus, la même source a signalé un incident violent survenu en juin 2004 à Nzerekore entre des musulmans de l’ethnie Malinké et des chrétiens issus du groupe ethnique Guerzé qui a fait deux morts.
En 2020, en prélude à l’élection présidentielle, Les vieilles tensions inter claniques entre les autochtones Guerzés majoritairement catholiques et les Koniankés, une population musulmane allogène, ont dégénéré en conflit ouvert inter-religieux faisant plus d’une vingtaine de morts dans la ville principale de Nzérékoré à l’occasion d’une cérémonie religieuse.
Au-delà de la liberté de culte, il est important que les autorités prêtent plus d’attention à ces nombreuses pratiques qui affectent de plus en plus le droit à chacun de pratiquer librement la religion de son choix sans être inquiété par quoi ou par qui que ce soit, mais aussi la cohésion entre les communautés. Il en est de même pour le Forum inter-religieux organisé chaque année en Guinée afin de parer à la montée de l’extrémisme religieux.



