Depuis le 21 septembre dernier, le gouvernement, à travers le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable, a rendu effective l’interdiction de l’utilisation, de la vente et de la consommation des plastiques à usage unique sur toute l’étendue du territoire national. En conséquence, la population se tourne progressivement vers les bidons d’eau, bien que leur coût reste difficile à supporter pour le panier de la ménagère guinéenne.
Dans une interview accordée à notre rédaction ce mardi 6 octobre 2026, Mamadou Salifou Touré, doctorant en droit public à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et juriste environnementaliste, salue cette décision gouvernementale.
« Il faut d’abord replacer la décision dans son contexte réglementaire. Cette interdiction émane des dispositions légales en vigueur en République de Guinée, notamment l’article 30 de la Constitution qui dispose que toute personne a droit à un environnement sain, ainsi que l’article 121, alinéa 2, du Code de l’environnement. Cet arsenal a été renforcé par le décret 0172 pris le 21 septembre 2024 par le président de la République, encadrant l’interdiction de l’importation, de la commercialisation et de la détention de ces emballages », explique-t-il.
Interrogé sur la pertinence du moment choisi pour appliquer cette mesure, alors que les alternatives tardent à s’imposer sur le marché, le spécialiste estime que le pas franchi est nécessaire : « C’est une décision à saluer, car elle vient assainir notre cadre de vie et nous préserver de plusieurs pathologies et des inondations. Les emballages jetés dans la rue obstruent les caniveaux et provoquent des nuisances olfactives. Quant à l’opportunité de la mesure, il s’agit d’un processus participatif. L’État fixe le cap et contrôle l’application, mais les citoyens doivent adopter des comportements écoresponsables. Le développement ne peut se faire au détriment de l’environnement et des générations futures », soutient Mamadou Salifou Touré.
Le juriste rappelle également que cette mesure n’est pas soudaine, répondant ainsi aux critiques qui y voient un simple « feu de paille » :
« Ce décret n’a pas été pris sur un coup de tête. L’article 13 du décret du 21 septembre 2024 prévoyait un moratoire de 6 mois pour l’importation et la gestion des stocks, et de 2 ans pour la fabrication et la commercialisation. L’échéance du 21 septembre 2026 étant arrivée, il fallait faire appliquer la loi (dura lex, sed lex) tout en accompagnant les acteurs économiques. »
Sur la question des alternatives écologiques, Mamadou Salifou Touré précise le partage des rôles entre l’État et les acteurs privés :
« Nous sommes dans un système économique mixte. L’État planifie, encadre et certifie, mais ce n’est pas à lui d’ouvrir des usines de substitution. Les articles 6 et 7 du décret 0172 prévoient la certification des emballages oxo-biodégradables et biodégradables. L’arrêté conjoint 777 du 10 septembre 2026 est venu préciser ce cadrage. C’est désormais au secteur privé, aux artisans et aux investisseurs de proposer des produits conformes afin d’obtenir la certification de l’État. »
Revenant sur les enjeux écologiques, l’intervenant souligne l’urgence de la situation :
« Plus de 60 % des déchets collectés lors des opérations d’assainissement sont constitués de plastique. Retirer cette proportion des rues est une avancée majeure. De plus, la décomposition du plastique dans le sol prend des décennies et détruit la microfaune essentielle à la terre. Éviter ces rejets permet d’embellir nos villes et d’assainir nos quartiers. »
En conclusion, Mamadou Salifou Touré lance un appel au civisme et à la patience :
« Le changement d’habitudes est toujours difficile et a un coût. Mais cette décision vient consolider notre mode de vie sur le long terme. Le ministère du Commerce a récemment rassuré les acteurs économiques quant aux concertations en cours pour faciliter la transition vers le biodégradable. J’invite chaque Guinéen à adopter une conduite responsable face à cette mesure d’intérêt national. »
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org



