S’il contribue à éclairer une grande partie du pays, le complexe hydroélectrique de Souapiti plonge plusieurs communautés rurales dans l’obscurité et le dénuement. À Tambikhouré, dans la sous-préfecture de Bangouya, préfecture de Kindia, les habitants ont tout perdu : terres arable, plantations et cimetières, engloutis par les eaux.
Ce dimanche 30 août 2026, un reporter d’avenirguinee.org s’est rendu les lieux. Un constat amer s’impose sur le terrain : le progrès des uns s’est bâti sur le sacrifice non compensé des autres.
Pour les agriculteurs de Tambikhouré, l’impact est total. Sékou Sylla, l’une des victimes, contemple l’étendue des dégâts : plus de 2 000 arbres fruitiers (manguiers, orangers, avocatiers, kolatiers) ainsi que des hectares de riz et de fonio ont été rayés de la carte.
« Rien n’a été recensé, et le peu qui l’a été n’a pas été payé. Aujourd’hui, pour manger, il faut aller dans d’autres villages demander de la terre ou fabriquer du charbon de bois. La société est venue nous promettre un recensement, mais elle ne l’a pas fait correctement. Seule une minorité a été recensée, sans être indemnisée pour autant », déplore-t-il, précisant être tombé malade sous le coup de la détresse.
Même constat d’impuissance chez Mamadou Sylla, dont le hameau et la riziculture ont été submergés du jour au lendemain, malgré les assurances des techniciens : « Les agents m’avaient assuré que l’eau n’atteindrait pas mes terres. Le lendemain, tout était sous les eaux. Les responsables de la société ont rejeté mes documents et m’ont sommé de partir sans un franc. »
Privées de leurs moyens de subsistance traditionnels, les femmes paient un lourd tribut. Mariama Camara explique devoir s’enfoncer dans la brousse pour produire du charbon, une activité pénible et risquée : « Pour avoir de l’eau potable, il faut parcourir entre 5 et 7 km. Nous n’avons ni école, ni centre de santé, ni même l’électricité pour laquelle nous avons cédé nos terres. En tant que femme, aller défricher la brousse comporte d’immenses risques face aux reptiles et aux animaux sauvages. »
Abandonnés par les anciennes autorités locales qu’ils accusent de négligence, les sinistrés de Tambikhouré ne placent plus leurs espoirs que dans le pouvoir central. Ils sollicitent une intervention directe du chef de l’État, le Général Mamadi Doumbouya, pour exiger un recensement exhaustif et la juste réparation des préjudices subis au nom de l’intérêt général.

À suivre…
De retour de Tambikhouré, Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org



