
Du 14 août 2008 au 14 août 2026, cela fait exactement dix-huit ans jour pour jour que s’est éteint Fodé Conté. Auteur, compositeur, chanteur et danseur hors pair, cette figure de proue de la scène nationale a laissé un trésor artistique inestimable. Pourtant, des années après son départ, l’amertume reste vive : l’artiste n’a jamais pu jouir de son vivant des droits d’auteur, et le 18ᵉ anniversaire de sa mort s’est écoulé dans un silence institutionnel pesant, sans aucun hommage officiel du ministère de la Culture.
Créateur prolifique, Fodé Conté a marqué les mémoires avec des titres emblématiques comme « Rio Pongo », « Makhadi », « La Playa » ou « Le monde n’est pas parfait ». Pour évoquer son héritage, notre rédaction a rencontré l’artiste Mohamed Camara, alias Doudoubeny, qui a partagé ses souvenirs d’une collaboration empreinte de transmission.

Pour Doudoubeny, Fodé Conté n’était pas seulement un collègue, mais un véritable guide culturel dont il suivait le parcours depuis l’enfance.
« Quand j’étais petit à l’école primaire à Kamsar, je le voyais dans les défilés. J’ai mémorisé ses chansons et ses contes, ce qui a développé en moi l’envie de le rencontrer », confie Doudoubeny. « Après le succès de mon premier album traditionnel, je suis allé chez lui. Son conseil a été clair : “Rends-toi chez toi pour mieux te connaître, car on n’est jamais mieux servi que par ses racines.” J’ai appliqué sa recommandation en organisant une tournée à pied de deux mois et six jours à travers tous les districts de Boffa. »
L’artiste se rappelle également un moment fort partagé devant le chef de l’État de l’époque, le Général Lansana Conté : « Un jour, alors que je devais me produire devant le Président Lansana Conté au siège de son parti, j’ai proposé à Fodé Conté, alors malade, de me rejoindre. Pendant ma prestation, je me suis agenouillé devant le Président qui m’a béni. Quand Fodé Conté est arrivé, le Président a demandé qui il était. J’ai répondu : “C’est Fodé Conté.” Le Général a aussitôt ordonné qu’on le laisse s’approcher, l’a chaleureusement accueilli, puis l’a fait raccompagner en voiture. »
Né en 1939 à Wondetty (Boffa), Fodé Conté a brillé au sein des Ballets africains et du Ballet Djoliba, parcourant les scènes internationales avant de fonder sa propre troupe, Fatala. Pour la nouvelle génération, son œuvre reste un pilier d’éducation et de sagesse.
Doudoubeny salue notamment la reprise récente de ses titres par l’artiste Soul Bang’s, un geste essentiel pour faire découvrir aux jeunes les contes, les instruments traditionnels et la portée éducative de son œuvre.
« Chaque mot qui sortait de sa bouche avait un sens. En cas de conflit, Fodé Conté prenait sa guitare et apaisait les tensions grâce à sa sagesse », rappelle Doudoubeny.
Face au constat d’abandon des figures tutélaires, Doudoubeny lance un appel direct aux décideurs : « Nous demandons au Ministère de la Culture d’instituer des journées de commémoration pour les pionniers. Ce que fait le Ministère est déjà appréciable, mais ajouter ces hommages permettrait à la jeunesse de mieux connaître l’histoire et les valeurs de la Guinée. »
Alors que la musique de Fodé Conté continue d’inspirer la scène contemporaine, une question demeure essentielle : à l’heure des réformes de la gestion collective, la famille du défunt parvient-elle enfin à percevoir les retombées économiques d’une œuvre qui appartient désormais au patrimoine national ?
Nous y reviendrons…
Sona Sylla et Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org



