Comme annoncé dans notre précédent article, le drame survenu dans la nuit du 20 au 21 août 2025 à Manéah (dans la commune urbaine du même nom) continue de meurtrir les riverains. Alors que 19 corps ont été extraits des décombres et que 10 victimes restent introuvables, le quotidien des rescapés s’apparente à un calvaire sans fin. La rédaction d’avenirguinee.org s’est rendue sur les lieux dimanche dernier. Entre précarité extrême, promesses non tenues et souvenirs douloureux, le constat est saisissant.
Sur le site du sinistre, la détresse demeure intacte. Les visages restent marqués par l’effroi de cette nuit fatidique, et chaque prise de parole réveille une vive émotion. La terre, qui s’est effondrée il y a près d’un an, recouvrirait encore les dépouilles des disparus.
Interrogé sur place, Alpha Cissé, porte-parole des sinistrés, est revenu sur le déroulement de la tragédie : « J’étais à l’intérieur de la maison lorsque ma femme est rentrée en criant pour m’informer. Je suis sorti et j’ai constaté que tout était rasé. C’est ainsi que j’ai appelé le chef de quartier pour l’alerter. Si je ne me trompe pas, l’effondrement s’est produit entre 20h15 et 20h20. À la suite de cela, nous avons été recasés au camp militaire pendant huit mois. Ensuite, l’État a remis une enveloppe de 30 millions de francs guinéens par ménage propriétaire pour couvrir un an de loyer, en attendant de trouver une solution définitive. »
À l’approche du premier anniversaire du drame, les sinistrés sollicitent un appui institutionnel et citoyen : « Le 20 de ce mois, nous prévoyons d’organiser une cérémonie de lecture du Saint Coran et des sacrifices en mémoire de nos disparus. Nous lançons un appel aux bonnes volontés ainsi qu’à l’État pour nous aider à obtenir quelques bœufs afin d’alléger nos charges. »
De son côté, Mory Camara, également porte-parole des déplacés, a dénoncé le pillage de leurs habitations après leur évacuation : « Nous vivons désormais dans des logements de location et nous comptons organiser des prières pour les victimes. Nous sollicitons l’aide des autorités. Ce qui est révoltant, c’est qu’après notre relocalisation, des individus sont venus emporter tous nos biens restés dans les concessions : climatiseurs, tables à manger… tout a été dévalisé. Aujourd’hui, nous n’avons plus rien », a-t-il laissé entendre.
Entre la douleur intouchable du deuil et le sentiment d’abandon, la communauté de Manéah refuse de sombrer dans l’oubli. Alors que l’ombre des disparus plane toujours sur ce paysage dévasté, les sinistrés n’attendent plus seulement des promesses, mais des actes concrets pour enfin reconstruire leur vie dans la dignité.
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org



