Face à la recrudescence des accidents de la circulation et l’émergence des risques ferroviaires liés au projet Simandou, l’ONG Club des Amis du Monde (CAM), avec l’appui de Rio Tinto Simfer, mène une offensive sur le terrain. Huit mois après le lancement de cette campagne de sensibilisation, notre rédaction a rencontré Aboubacar Sylla, président de l’ONG, pour faire le point sur les activités réalisées et les défis qui restent à relever.
Avenirguinee.org : Monsieur le Président, il y a quelques mois, vous lanciez une vaste campagne de sensibilisation sur la sécurité routière. Quel est le bilan des activités réalisées à ce jour ?
M. Aboubacar Sylla : Aujourd’hui, notre programme de sensibilisation communautaire couvre le long du corridor Simandou et plusieurs routes nationales. Cela va du port de Moribayah jusqu’à Kérouané, en passant par Beyla, N’Zérékoré et Kankan, rejoignant Mamou et Kindia. Ce projet, initié par Rio Tinto Simfer et confié au Club des Amis du Monde (CAM), mobilise actuellement plus de 150 agents communautaires formés et outillés. Ils réalisent chacun dix séances de sensibilisation par mois depuis juin dernier.
Nous avons également conçu des modules pédagogiques validés par les ministères des Transports, de la Sécurité (Police/Gendarmerie) et de l’Éducation. Ces outils permettent d’édifier les enfants sur le B.A.-BA de la circulation routière. Par ailleurs, une grande caravane a relié Kérouané à Forécariah, mobilisant plus de cent mille personnes. Des spots radios sont diffusés dans 11 préfectures partenaires pour sensibiliser sur les excès de vitesse et le port du casque.
Vous avez également réalisé une évaluation technique de nos routes. Quel est le constat ?
M. Sylla : En effet, nous avons recruté une organisation internationale spécialisée pour évaluer la qualité de nos infrastructures. Le résultat est sans appel : la route allant du Port Autonome de Conakry jusqu’à Linsa (Mamou) est classée « une étoile ». C’est une note très faible. Nos routes ne répondent pas aux standards internationaux.
Par exemple, sur le tronçon Coyah-Kindia-Mamou, les lignes de marquage et les signalisations ne sont pas aux normes, contrairement à ce qui a été fait entre Kissidougou et Gueckédou. Nous avons désormais un rapport disponible pour alerter le gouvernement sur ces enjeux critiques.
Quelles sont vos prochaines étapes, notamment avec les examens nationaux qui approchent ?
M. Sylla : Nous comptons organiser un grand forum après les élections pour présenter notre rapport à tous les acteurs du secteur. En attendant, dès le mois de juin, nos agents seront déployés pour aider les enfants à traverser les routes pendant les examens nationaux. Nous lancerons également une « Caravane Vacances sans Accident » de Faranah à N’Zérékoré.
Il faut que l’on s’attaque à des problèmes concrets : le phénomène des apprentis de moins de 18 ans accrochés aux minibus sous les yeux des autorités, ou encore l’imprudence des motards. L’État doit aussi prendre ses responsabilités. S’il installait des radars et appliquait rigoureusement les contraventions, il pourrait financer le salaire des agents de sécurité rien qu’avec les amendes liées aux excès de vitesse sur l’axe Mamou-Kankan, où certains roulent à 120 km/h au lieu de 90.
Votre projet semble aussi s’intéresser de près aux risques ferroviaires. Pourquoi cet accent particulier ?
M. Sylla : C’est une nécessité absolue. Le train a disparu du quotidien des Guinéens depuis près de 40 ans. Toute une génération n’a jamais connu le chemin de fer. Avec le retour des trains à grande vitesse, la curiosité et l’analphabétisme poussent les riverains à s’approcher dangereusement des rails.
Il y a déjà eu des accidents mortels sur le chemin de fer, même si l’on n’en parle pas assez. Nous intervenons à des points d’intersection critiques comme à Ourékaba ou à Faranah. Le message est clair : un train ne peut pas s’arrêter brusquement comme une moto. Il faut une communication intensive pour éviter des hécatombes.
En conclusion, quelles solutions préconisez-vous aux autorités ?
M. Sylla : Ma proposition phare est l’installation de radars électroniques sur toutes les routes accidentogènes. Ensuite, il faut renforcer les capacités de la société civile. La sécurité routière n’est pas l’affaire d’un seul département ; c’est un problème de santé publique qui concerne tout le monde : l’État, les usagers, les piétons et les partenaires techniques. C’est ensemble que nous sauverons des vies.
Entretien réalisé par Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org
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