À l’occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes 2026, placée sous le signe de l’action et de la justice, Dre Zalikatou Diallo, figure de proue de l’émancipation féminine en Guinée, livre un diagnostic sans concession. Pour l’ancienne Ministre et ancienne Vice-présidente de l’Assemblée Nationale, l’heure n’est plus aux réjouissances folkloriques, mais à l’application rigoureuse des lois.
Chaque année, le 8 mars s’impose comme un rendez-vous mondial pour l’égalité. En 2026, le thème « Droits, Justice, et Action pour toutes femmes et filles » résonne avec une urgence particulière. En Guinée, pour marquer cette journée, nous avons rencontré Dre Zalikatou Diallo. Ancienne ministre de la Citoyenneté, femme de lettres engagée et artisane de la Loi sur la Parité, elle revient sur les acquis et les défis qui attendent encore les Guinéennes.
Madame la Ministre, quel sens donnez-vous à cette édition 2026 ?
Dre Zalikatou Diallo : C’est un thème d’une pertinence absolue. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous contenter de symboles. À l’échelle mondiale, les femmes ne bénéficient toujours que de 64 % des droits juridiques accordés aux hommes. C’est un fossé immense. Pour moi, cette journée est une opportunité de mobilisation. C’est le moment de rendre hommage à nos devancières, de Clara Zetkin en 1910 jusqu’aux pionnières guinéennes, mais surtout de faire un bilan sans complaisance. Moins de festivités, plus d’auto-évaluation.
Vous avez occupé de hautes fonctions étatiques. Quel regard portez-vous sur l’évolution de la condition féminine en Guinée depuis l’indépendance ?
Dre Zalikatou Diallo : La Guinée a toujours prôné l’émancipation, et nos textes de lois sont, sur le papier, très protecteurs. Nous avons ratifié presque tous les instruments juridiques internationaux. Sur le terrain, l’autonomisation progresse : les femmes sont le moteur de notre secteur informel et de notre agriculture. Cependant, le chemin reste semé d’embûches. Le défi majeur reste la réduction de l’écart entre le volume des discours officiels et la réalité tangible des résultats.
Justement, concernant la représentativité politique, vous avez été une actrice clé de la Loi sur la Parité. Où en sommes-nous ?
Dre Zalikatou Diallo : C’est un combat qui me tient à cœur. Lors de la 8ème législature, nous avions instauré une dynamique vertueuse. Souvenez-vous du gouvernement de mai 2021 : 11 femmes ministres ! C’était du jamais vu en Guinée. Cela prouvait qu’avec une volonté politique réelle, le changement est possible. Aujourd’hui, il faut impérativement légiférer pour stabiliser ces acquis, car la progression reste encore trop souvent « en dents de scie ».
Au-delà de la politique, vous êtes une auteure prolifique. Quel message portez-vous dans vos derniers ouvrages ?
Dre Zalikatou Diallo : L’écriture est une autre forme de combat. Dans mon ouvrage « Ce jour où nous fûmes excisées » (2025), je m’attaque de front aux mutilations génitales féminines. Dans « Citoyenneté active et Paix », je démontre que la prospérité de la Guinée ne se fera pas sans les femmes. Mon but est simple : pousser mes sœurs à « ôter les œillères » pour qu’elles s’emparent de leur destin. Un nouvel ouvrage sur les violences faites aux femmes sortira d’ailleurs très prochainement.
Quel est votre souhait le plus ardent pour les femmes guinéennes en ce 8 mars 2026 ?
Dre Zalikatou Diallo : Mon souhait le plus ardent est de voir les autorités et tous les acteurs œuvrer pour la réduction drastique du décalage entre les promesses et la réalité. La discrimination sexiste ne reculera que si nous appliquons rigoureusement les recommandations et les lois déjà existantes.
« Je veux voir une Guinée où le mérite d’une femme n’est plus freiné par son genre. Le jeu en vaut la chandelle. »
Réalisé Par Naby Camara



