MAMOU – Ce dimanche 8 février 2026, les bulldozers sont entrés en action à la gare routière de la Conserverie, dans le quartier Almamyah (commune urbaine de Mamou). Une opération de démolition de grande envergure a réduit en gravats plusieurs dizaines de boutiques et de magasins, laissant de nombreux pères de famille dans le désarroi.
L’objectif affiché par les autorités est de libérer les abords d’un ancien bâtiment public appartenant à l’État, occupé depuis des décennies par des installations informelles. Bien que les occupants aient été informés au préalable, l’émotion reste vive face à la perte de ces outils de travail.
Dès les premières heures de la matinée, les engins de chantier ont méthodiquement pulvérisé les structures situées dans le périmètre visé. Grâce au préavis reçu quelques jours plus tôt, la plupart des commerçants ont pu évacuer leurs marchandises avant l’arrivée des forces de l’ordre, évitant ainsi des pertes de stocks.
Mamadou Sanoussy Bah, l’un des commerçants impactés, témoigne : « Le jeudi précédent, les autorités nous ont sommés de quitter les lieux, annonçant une intervention pour ce dimanche. Aujourd’hui, elles ont mis leur menace à exécution. Heureusement, nous avions déjà tout évacué. Cela fait de nombreuses années que nous occupions cet espace ; c’était notre quotidien. Selon les autorités, cette mesure vise à dégager la façade de ce bâtiment vétuste pour une reconstruction future. »
Parmi les victimes de ce déguerpissement, le cas de Harouna Bah, alias « Sally Harouna », suscite une émotion particulière. À 74 ans, cet homme exploitait son emplacement depuis plus de quatre décennies.
« J’étais encore célibataire quand je me suis installé ici. Aujourd’hui, j’ai 74 ans et je ne connais aucun autre endroit pour exercer mon activité. On nous a contraints à partir sans aucune solution de relogement », regrette-t-il avec amertume.
À l’approche du mois saint, l’inquiétude grandit pour ces chefs de famille :« Ils auraient pu patienter jusqu’après le mois de Ramadan. Nous expulser maintenant, sans perspective de réinstallation alors que nous avons des enfants à charge, nous plonge dans une précarité extrême », déplore le doyen Harouna Bah.
Cette opération, qui s’inscrit dans une volonté globale de l’État de reprendre le contrôle de son patrimoine foncier, s’est déroulée sous une étroite surveillance des forces de sécurité. Malgré la foule importante de curieux et de riverains, aucun incident majeur ni affrontement n’a été signalé au cours de la journée.
Pour l’heure, les commerçants déguerpis se retrouvent sans alternative concrète, alors que le site de la Conserverie attend désormais sa future rénovation.

Ibrahima Kindia Soumah pour Avenirguinée.org



