Après l’annonce, lundi soir à la télévision nationale, d’un décret portant création de nouveaux ministères, les réactions ne se sont pas fait attendre. Dr Édouard Zotomou Pogomou, vice-président de l’ANAD (Alliance Nationale pour l’Alternance Démocratique) et président de l’Union Démocratique pour le Renouveau et le Progrès (UDRP), s’est exprimé à ce sujet au micro d’Avenirguinee.org, ce mercredi 2 juillet.
Dès l’entame de son intervention, Dr Zotomou a dénoncé un manque de cohérence dans la démarche gouvernementale : « Bon, vous savez, pour moi, c’est le signe du tâtonnement. Parce qu’à un moment donné, on avait justement réduit les ministères sur la base de l’argumentation qu’il fallait économiser, et maintenant, on revient pour ajouter, doubler certains ministères carrément. Donc, pour moi, ce n’est certainement pas le signe ou la direction qu’il fallait prendre. Le problème, c’est que nous faisons la confusion entre la qualité et la quantité. La qualité ne provient pas forcément de la quantité », dit-il.
Selon lui, cette multiplication de départements risque d’engendrer des chevauchements de compétences et des conflits d’autorité : « Vous avez des ministères dont les attributions étaient enchevêtrées. C’est-à-dire qu’il n’y avait pas de distinction claire entre les attributions. Si ces mêmes départements sont scindés, il va arriver qu’il y ait des sortes de conflits d’autorité. Parce que si un département s’occupait d’une question qui reste dans un domaine donné et qui recevait justement une sorte d’apport de l’autre, il va s’en dire qu’à un certain moment, on ne pourra pas faire franchement la scission interne d’attributions. Donc, il y a des conflits d’autorité. »
Sur le plan économique, le leader politique alerte sur le coût d’une telle décision pour les finances publiques : « Économiquement parlant, le budget d’un ministère doit être doté d’une certaine structure. Et quand le département est doté d’une structure, il n’y a pas un demi-ministère versus un autre demi-ministère. Il faut leur donner ce qu’il faut. Or, ça alourdit justement la charge au niveau de l’État. Il n’est pas dit forcément qu’il faut avoir beaucoup de ministères pour qu’il y ait une gouvernance franchement rigoureuse. En fait, quand il y a beaucoup de ministères, ça veut dire qu’on est en train d’alourdir la tête, alors que la base qui doit faire le travail est pratiquement asséchée. »
Plus loin, Dr Zotomou suggère de s’inspirer des modèles de gouvernance efficaces ailleurs dans le monde : « En termes de finances, en termes de ressources humaines, on devait prendre l’exemple sur les pays qui ont réussi. Le Canada, un pays de sa dimension, de ses ressources, de son aura, a 13 ministères. Alors pourquoi on ne peut pas se comparer à ces gens ? Ce n’est pas dans tous les pays d’Afrique qu’on a besoin de faire des gouvernements budgétivores. Une trentaine, quarantaine de ministères, qu’est-ce que ça apporte ? »
Il termine en pointant du doigt les dérives clientélistes que cette décision pourrait renforcer : « Sinon que ce sont des aubaines pour certaines pratiques de se mettre en valeur. Notamment, les démarches que les uns et les autres font, parce qu’on met les postes aux enchères, les plus offrants reçoivent. Mais dans ces conditions-là, on n’est pas en train de rechercher la qualité. On est en train de chercher simplement des moyens pour donner à certaines personnes, pour créer des tuyaux ou des filières d’intervention. Il faudra aller voir le parent à tel pour faire des recommandations, le père à tel ou le frère à tel. Et en ce moment, on n’est pas en train de choisir les cadres en fonction de leurs valeurs intrinsèques. Voilà le risque que nous courons. »
Sona Sylla pour avenirguinee.org



