Comme annoncé dans nos précédentes dépêches, la tension est montée d’un cran ce mardi 24 mars 2026 au grand marché de Madina. Les femmes vendeuses du secteur « Niger » sont massivement descendues dans la rue pour protester contre l’opération de déguerpissement menée la veille par les autorités. Arborant des foulards rouges en signe de colère, les manifestantes ont dénoncé la brutalité de l’intervention avant d’être dispersées par les forces de l’ordre.
Le rassemblement, qui visait à interpeller l’État sur la précarité des vendeuses, a été marqué par l’usage de gaz lacrymogènes. Plusieurs femmes ont été interpellées, dont la présidente du Marché Niger, Mariama Arianna, afin d’empêcher tout regroupement sur la voie publique. En conséquence, boutiques et magasins sont restés clos, paralysant totalement les activités économiques dans ce poumon commercial du pays.
Mariama Camara, porte-parole des commerçantes, a exprimé son désarroi face à une situation qu’elle juge paradoxale : « Nous sommes confuses. Ce sont ces mêmes femmes qui ont soutenu les réformes et la nouvelle Constitution. Aujourd’hui, les mots nous manquent. Le marché est paralysé alors que ces femmes sont le moteur de l’économie, collaborant avec les grossistes. Certaines ont été brutalisées, d’autres embarquées vers le commissariat central. Nous précisons que nous ne voulons pas la guerre. Nous avons soutenu le Président et nous le soutenons encore, mais nous voulons simplement exprimer notre douleur », a-t-elle déclaré avec émotion.
Au-delà de la perte de leurs étals, les manifestantes pointent du doigt une politique du « deux poids, deux mesures ». Elles s’interrogent sur le fait que le marché « Avaria », pourtant installé sur la chaussée, semble épargné par ces opérations de déguerpissement, bénéficiant selon elles d’une protection des autorités communales de Matam.
Mais le véritable drame est social. La porte-parole a rappelé le rôle pilier des femmes dans les foyers guinéens : « Nos maris ne travaillent pas, c’est nous qui nous occupons de la famille. Si on nous retire nos places au marché, comment allons-nous nourrir nos enfants ? », s’est-elle interrogée, implorant une alternative viable de la part du gouvernement.

Pour l’heure, le secteur Niger reste sous haute surveillance policière, laissant des centaines de mères de famille dans l’incertitude la plus totale.
Ibrahima Sory Camara pour avenirguinee.org 621 26 99 81



